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“La solidarité internationale est nécessaire pour venir à bout de la pandémie”

“La solidarité internationale est nécessaire pour venir à bout de la pandémie”

Sur l’ensemble de la planète, les crises humanitaires perdurent et la situation risque même de s’aggraver avec l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les communautés les plus vulnérables. L’inquiétude est d’autant plus grande suite à l’appel record lancé par l’ONU – 35 milliards de dollars – pour financer l’aide humanitaire en 2021 afin de venir en aide aux 235 millions de personnes actuellement dans le besoin, soit 40% de plus que l’année précédente.

Plus que jamais, l’assistance humanitaire se retrouve aujourd’hui à un carrefour d’enjeux multiples et entremêlés qu’il convient de décrypter avec Alain BOINET, véritable expert en analyses géopolitiques et humanitaires.


Alain BOINET est le fondateur de l’association SOLIDARITÉS INTERNATIONAL, active dans une vingtaine de pays avec 2000 personnels humanitaires. Elle intervient dans les situations de guerre, de catastrophes et d’épidémie, de l’urgence à la reconstruction, jusqu’à la relance du développement. Depuis 2018, il anime le site Défis Humanitaires dont l’objectif est de réfléchir aux grands enjeux internationaux auxquels le monde est confronté.


Carnet de Bord – HUMANITAIRE : En guise d’introduction pour commencer cette interview, pouvez-vous s’il-vous-plait nous dresser un bilan résumé des grands enjeux auxquels l’aide humanitaire a dû faire face en 2020 ?

Alain Boinet, Fondateur de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL et DÉFIS HUMANITAIRES : En 2020 ce qui est évidemment présent à l’esprit de tous, c’est la pandémie de Covid-19 qui s’est répandue comme une trainée de poudre à travers le monde et cela a eu pour conséquence de paralyser pratiquement tous les modes de transport mais surtout le transport aérien. Cela a évidemment eu des conséquences humanitaires importantes compte tenu de l’importance des transports, à la fois pour les produits de première nécessité envoyés par les organisations humanitaires dans les pays où elles interviennent, à la fois pour envoyer des humanitaires sur le terrain et en faire revenir.

En France, les humanitaires ont également dû y faire face à ce problèmes mais grâce au Réseau Logistique Humanitaire, on a pu mobiliser le soutien du Centre de Crise et de Soutien du Quai d’Orsay, puis le soutien d’ECHO – l’opérateur humanitaire européen – pour mettre en place avec un véritable pont aérien. Pratiquement 45 vols ont été organisés sur les destinations les plus sensibles et les plus urgentes. Une centaine d’organisations ont pu y participer. Plus de 1200 passagers ont été transportés ainsi que 800 tonnes de produits urgents.

Toutefois, la question demeure vis-à-vis des conséquences économiques et sociales de la pandémie notamment dans les pays les plus pauvres et en particulier pour ceux affectés par un conflit. Le Covid-19 n’a pas eu d’influence positive malheureusement sur les conflits qui se sont poursuivis au Yémen, en Syrie, en RCA, etc… Les conflits se sont poursuivis alors que le Secrétaire Général des Nations Unies avait lancé un appel disant que c’était le moment d’interrompre les conflits pour lutter contre cette pandémie.

Carnet de Bord – HUMANITAIRE : Parmi les enjeux que vous avez cités, il y a celui qui se rapporte aux conflits armés. À ce titre, et au regard de votre expertise en géopolitique et analyse humanitaire, comment expliquez-vous le fait que l’on assiste depuis plusieurs années à une multiplication et à une intensification des conflits armés ?

Alain Boinet : Depuis quelques années, on assiste en effet à une augmentation du nombre de conflits, de violences préoccupantes. Les guerres qui sont aujourd’hui essentiellement des guerres internes – pour des raisons ethniques et des raisons religieuses qui parfois se recoupent – semblent se régionaliser. Aujourd’hui dans l’humanitaire on parle de guerres complexes – je ne sais pas si elles étaient plus simples avant – dans le sens où il y a une multiplication des groupes armés qui rendent tout dialogue et toute solution plus compliqués. On le voit bien en Syrie où il n’y avait au début que quelques groupes principaux tandis qu’aujourd’hui il y a une myriade de groupes disséminés.

De la même manière, les instruments dont dispose la communauté internationale ou les acteurs qui peuvent régler les conflits semblent aujourd’hui de moins en moins opérants. Je reviens par exemple d’Arménie et du Haut-Karabakh, et pourtant depuis longtemps il y a l’OSCE qui est impliquée dans un processus supposé conduire à la paix ou en tout cas la pacification de ce lieu névralgique dans le Caucase du Sud. Et malgré l’implication du groupe de Minsk piloté par la France, les États-Unis et la Russie, le processus de paix n’a abouti à rien tandis que le 27 septembre de l’année dernière l’armée Azérie a repris l’initiative et occupe 70% du territoire que contrôlaient les arméniens autour de leur terre ancestrale, le Haut Karabakh.

Il y a vraiment un problème d’instrument sur les processus de paix qui sont peut-être moins opérants qu’ils ne l’ont été, et puis au fond, les pays occidentaux ont souvent été à l’initiative pour mettre un terme à des conflits. On peut penser à celui de la Bosnie-Herzégovine avec les accords de Dayton signés à Paris. Mais aujourd’hui, quand on voit par exemple la situation en Afghanistan, on voit bien qu’il y a peu de solutions viables pour mettre fin à la guerre sinon la victoire d’un des belligérants sur l’autre. Quand il n’y a pas la victoire d’un camp contre un autre, la guerre n’a pas de fin.

Carnet de Bord – HUMANITAIRE : Continuons encore un peu à parler des conflits armés, dont l’impact humain n’est plus à démontrer, tant il est dramatique. La Banque Mondiale affirme d’ailleurs qu’ils sont à l’origine de 80 % des besoins d’aide humanitaire. Mais les conflits armés posent également de nombreux défis et problématiques à l’encontre de l’assistance humanitaire, notamment sur le plan sécuritaire. À ce propos, comment est-il possible d’expliquer que le personnel humanitaire fasse de plus en plus l’objet de violence à son encontre ?

Alain Boinet : À la lecture des chiffres, on se rend compte que sur une longue période, le nombre de victimes humanitaires – qu’il s’agisse de prises d’otages, de blessés ou de tués – est en moyenne de 40 à 60 victimes par an pour 100 000 humanitaires. En 2019 on a dénombré 48 victimes en moyenne pour 100 000 humanitaires.

En revanche, il est vrai qu’entre 2018 et 2019 il y a eu une très grande augmentation du nombre de victimes. De manière générale, trois pays en 2019 totalisent 52% des victimes, à savoir le Soudan du Sud, la Syrie et l’Afghanistan. En élargissant, on voit que neuf pays représentent 83% des victimes.

Alain Boinet, Fondateur de l’organisation Solidarités International et de Défis Humanitaires

Ces incidents se concentrent donc sur un nombre réduit de pays. Ce n’est donc pas général, ce sont des pays où les conflits sont les plus intenses et où l’implication avec les humanitaires est la plus dangereuse. En fait, l’augmentation numérique est d’abord et principalement dûe à un effet mécanique, lié à l’augmentation du nombre d’humanitaires en activité sur le terrain. Pour prendre un exemple très simple, selon les Nations Unies en 1997 il y avait 136 000 humanitaires engagés sur le terrain tandis qu’en 2019 il y en a 570 000. En fait, on voit que le nombre de victimes est stable en termes de pourcentage, mais que c’est le nombre d’humanitaires engagés qui explique l’augmentation.

Les associations humanitaires ont depuis déjà beaucoup d’années énormément travaillé et progressé en termes de maitrise de la sécurité des équipes. Je soulignerais d’ailleurs que le plus grand nombre de victimes sont des nationaux, plus que des expatriés, puisqu’en moyenne pour un expatrié déployé pour 10 nationaux. Et ils sont plus au contact des populations, donc plus au contact des risques.

En revanche, ce qui me semble manquer le plus, c’est notamment la formation des staffs nationaux, même s’ils exercent leur métier dans leur pays, et sont donc supposés avoir un avantage par rapport à la perception et la gestion du risque. En plus de cela, il y a également beaucoup de jeunes aujourd’hui qui s’engagent pour faire de l’action humanitaire d’urgence mais qui n’ont aucune idée de ce qu’est la guerre, de ce qu’est « une logique de guerre ». Que sur un terrain de guerre, les combattants tuent ou se font tuer. C’est un monde qui leur échappe totalement. Certes, ils partent avec plein de bonnes intentions, avec des formations techniques et des capacités indéniables, mais sur la réalité de la guerre, je pense qu’il y a vraiment une grande faiblesse. 

Carnet de Bord – HUMANITAIRE : Parlons maintenant d’un sujet qui depuis plus d’un an fait partie de notre quotidien à tous, à savoir le Covid-19. Et il en est d’ailleurs de même dans le monde humanitaire. Alors à ce sujet, qu’est-ce que nous a appris selon vous la pandémie de Covid-19 et la crise sanitaire qui lui a été consécutive au regard des défis et des enjeux humanitaires à venir ?

Alain Boinet : Comme tout le monde, le premier constat est de se dire qu’une pandémie mondiale comme celle-là est possible. D’ailleurs, les épidémiologistes affirment qu’il y aura de nouvelles épidémies et qu’elles seront d’une ampleur avec les conséquences que cela entraine, à la fois pour les victimes – les gens qui en meurent – mais aussi les conséquences économiques et sociales qui sont absolument phénoménales, ne serait-ce qu’en termes de coût.

Au regard des conséquences économiques et sociales, qui vont d’ailleurs couter des milliards de milliards se pose aussi la question des pays les moins développés, les plus pauvres. En effet, comment vont-ils faire face ? À ce propos, une conférence se tiendra à ce sujet à Paris au mois de Mai 2021. L’objectif sera de déterminer de quelle manière accompagner le continent africain face à ce choc, notamment en termes de remise de la dette. Des mesures ont déjà été prises pour la reporter d’un an ou deux, mais la question reste posée. En termes de pandémie stricto-sensu, on sait très bien que si l’on n’en vient pas à bout non plus en Afrique, cela reviendra en Europe sous des formes de variant.

La solidarité internationale est donc nécessaire par principe, mais aussi parce que la menace sanitaire peut venir des pays ou des populations à qui nous n’aurions pas apporté l’aide nécessaire pour venir à bout de l’épidémie par elles-mêmes.

ALAIN BOINET, FONDATEUR DE L’ORGANISATION SOLIDARITÉS INTERNATIONAL ET DE DÉFIS HUMANITAIRES

Carnet de Bord – HUMANITAIRE : La pandémie de Covid-19 a d’ailleurs eu pour effet de monopoliser l’attention et l’activité des systèmes et des personnels de santé partout dans le monde. Selon vous, quel(s) risque(s), quel(s) danger(s) cela représente-il pour la lutte contre les maladies transmissibles dans les contextes humanitaires où les systèmes de santé sont déjà plus fragiles qu’ailleurs ?

Pour commencer, on voit que notre propre système de santé est assez limite. Alors c’est dire ! Heureusement que l’Afrique n’a pas été touchée ou que très peu touchée ! Un prochain virus pourrait être une cause de mortalité beaucoup plus élevée que le Covid-19. Donc, quels seront les prochains virus ? Quelle sera leur capacité de mortalité si on peut s’exprimer comme ça ? Et est-ce que l’on est armé pour y faire face ?

Je retiens aussi qu’au début de cette pandémie, certains ont ressorti à juste titre des analyses et des évaluations qui avaient été faites 10 ou 15 ans avant, qui annonçaient déjà ce type de pandémie au niveau international mais cela ça n’a pas été suivi d’effet. En fait, nous vivons au jour le jour, à court terme et c’est aussi le problème des États – y compris des États de droit, des États démocratiques. Seule compte la perspective que ce sont les prochaines élections alors que les problèmes graves et importants s’étalent sur des décennies et des décennies. Aujourd’hui il faut que l’on ait des visions à plus long terme et des politiques qui couvrent le court et le long terme, de manière plus effective et plus coordonnée.

Carnet de Bord – HUMANITAIRE : Parmi les effets collatéraux de la pandémie de Covid-19, on assiste également pour la première fois depuis 1998 à une augmentation de l’extrême pauvreté, tandis que les prix des produits alimentaires n’ont cessé de croitre depuis mi-2020 jusqu’à atteindre au début de l’année 2021 leur plus haut niveau en six ans. À la vue de ces informations, pensez-vous que nous sommes à l’aube de crises alimentaires majeures voire de famines pour les prochains mois ou années ?

Alain Boinet : Effectivement, le cours du blé a augmenté de 45% depuis avril 2020, le prix du maïs de 77%, le prix du sucre de 89%. La FAO a également annoncé que 45 pays nécessiteront une aide alimentaire extérieure – l’Afghanistan, la Somalie, le Soudan, le Tchad, le Mali, la RDC… Allons-nous connaitre comme en 2008 des émeutes de la faim ? Quelles vont être les conséquences, notamment en termes de malnutrition pour les nourrissons et les enfants les plus jeunes, avec toutes les séquelles que l’on connaît sur leur développement ?

Ce qui est certain dans tous les cas, c’est que compte tenu du fait que l’on va passer de 7 à 10 milliards avec un doublement de la population en Afrique et qu’avec le développement les gens consomment de plus en plus, il sera nécessaire d’augmenter la production de biens alimentaires dans le monde de 70% d’ici 2050 pour nourrir la planète. Mais pour cultiver, il faut de l’eau. Alors aurons-nous suffisament d’eau ? Lorsque l’on rapproche l’augmentation de la démographie à la production agricole et aux besoins en eau pour produire, de grandes questions se posent. On voit d’ores et déjà les tensions que ça génère par exemple entre les éleveurs et les agriculteurs, comme au Mali. Lorsque vous n’avez pas un accès à l’eau suffisant à la fois pour la population et pour le bétail, et lorsque les populations sont membres de communautés ethniques différentes, ça crée des tensions qui alimentent des conflits.

Carnet de Bord – HUMANITAIRE : Je vous propose maintenant d’aborder la question du dérèglement climatique. En effet, les suivis météorologiques démontrent clairement que le dérèglement climatique contribue à la multiplication et à l’intensification des catastrophes naturelles, telles que les sècheresses et les inondations. À ce titre, quels enjeux le dérèglement climatique pose-t-il à l’action humanitaire selon vous ? Et de quelle manière le dérèglement climatique est-il pris en compte par les organisations humanitaires dans leurs stratégies de réponse ?

Alain Boinet : Face au dérèglement climatique, vis-à-vis de la diminution ou de l’augmentation des gaz à effet de serres, les humanitaires ne peuvent rien faire là-dessus. Cela ne peut être fait qu’à un niveau international. En revanche, les humanitaires peuvent agir au niveau de la gestion de leurs propres déchets, de leur manière d’agir autour d’eux – respect de la biodiversité, traitement des déchets sous toutes les formes dans des pays où parfois il n’y a pas les filières pour ça et qu’il faut prendre en compte. 

Les humanitaires peuvent également agir sur la question de l’adaptation, c’est-à-dire comment aider les populations à faire face aux conséquences du réchauffement climatique. Cela nécessite de faire preuve d’innovation, de venir avec des compétences qui ne visent pas seulement à répondre à des besoins immédiats, mais évaluer ce que signifiera le dérèglement climatique pour les populations dans leur quotidien dans un an, dans cinq ans, dans dix ans et les préparer à répondre à leurs besoins en tenant compte de ce dérèglement.

La prise en compte du dérèglement climatique par les acteurs humanitaires était d’ailleurs l’un des quatre thèmes abordés lors de la cinquième Conférence Nationale Humanitaire qui s’est tenue à Paris le 17 décembre 2020 en présence du Président de la République.

Carnet de Bord – HUMANITAIRE : Tandis que les besoins humanitaires augmentent partout dans le monde, on assiste également à une diminution du financement de l’assistance humanitaire, notamment en raison du coût que représente la réponse à la pandémie de Covid-19. Cette diminution des fond attribués à l’assistance humanitaire est-elle selon vous de nature à déboucher sur un risque majeur d’incapacité à agir, qui mettrait consécutivement en péril l’accès des populations vulnérables à l’aide humanitaire internationale ?

Alain Boinet : On a déjà observé un recul du financement de l’aide humanitaire en 2019 par rapport à 2018. Selon un rapport intitulé « Global Humanitarian Assistance Report » publié par Development Initiative, le budget de l’aide humanitaire tous bailleurs confondus était d’un peu plus de 31 milliards de dollars en 2018 pour 29,6 milliards en 2019. Pour 2021, les Nations Unies ont demandé entre 35 milliards de dollars pour faire face aux besoins.

Personnellement, je ne crois pas que les bailleurs, que ceux qui financent l’action humanitaire vont diminuer leurs ressources. Je pense en effet que les budgets de l’aide humanitaire vont continuer d’augmenter dans la durée, puisque j’ai souvent vu les décideurs considérer qu’autant il était possible à un moment donné de lever le pied, de faire une pause voire réduire des budgets d’aide au développement, mais jamais il n’y a eu d’impasse sur l’aide humanitaire. On sait que c’est de l’urgence, et que si l’on ne répond pas aux besoins, la situation va s’envenimer pour devenir une crise internationale. Ça ne veut pas dire que cela ne se reproduira pas, mais aujourd’hui il y a une sorte de conscience humanitaire qui fait que l’on va vers plus de moyens car il y a plus de besoins tout simplement. Et d’ailleurs, comme la démographie augmentent, notamment dans les pays pauvres, dont certains sont également des pays en conflits, cette aide devrait continuer d’augmenter.


Carnet de Bord – HUMANITAIRE tient très sincèrement à remercier Alain BOINET pour non seulement avoir accepté de répondre à ces questions, mais également pour la pédagogie et les détails de ses réponses.

Pour consulter le site Défis Humanitairescliquez ici ⬅️.

Note : Ce billet est une retranscription écrite d’une interview enregistrée le 17 mars 2021.

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