Principes humanitaires d’indépendance et de neutralité : Applicables en tout temps, sans exception ?

Note: Cet article a initialement été publié en décembre 2013 mais son contenu reste d’actualité.

Une récente étude du Humanitarian Policy Group sur la crise alimentaire de 2011 en Somalie est venue secouer la sphère humanitaire. Enfin, que très légèrement en fait, puisqu’en réalité le débat qu’elle soulève existe depuis toujours. Selon cette étude menée au travers de 80 interviews de travailleurs humanitaires, de civils et d’anciens responsables shebabs, les organisations humanitaires présentes en Somalie lors de la crise auraient négocié l’accès aux zones occupées par les shebabs en leur reversant des sommes comprises entre 500 et 10 000 $. Patatras, il n’en suffisait pas moins pour relancer ce sempiternel débat (*Roulements de tambours*) :

« Les agences et organisations de solidarité internationale peuvent-elles en certaines circonstances s’affranchir des principes humanitaires, lesquels proclament notamment indépendance et neutralité ? ».

Retour au contexte somalien. En 2011, une importante crise alimentaire frappe toute la corne de l’Afrique, menaçant plus de 13 millions personnes. En Somalie, 4 millions personnes sont directement exposées à cette crise et 750 000 d’entre elles sont considérées en danger de mort, mais la plupart se trouvent dans les zones contrôlées par les Shebabs. L’étendue de leur contrôle s’étend en effet sur une surface équivalente à celle du Danemark où résident plus de 5 millions de personnes, de sorte que ces derniers se sont imposés en tant qu’autorité de facto. Par conséquent, ceux-ci vont mêmes jusqu’à réguler l’accès des organisations humanitaires aux zones sous leur contrôle en leur imposant plusieurs conditions parmi lesquelles:

– Se soumettre tous les six mois à une taxe allant de 500 à 10 000$ selon la nature, le lieu et la surface couverte par le projet de chaque organisation, sous prétexte qu’il s’agit d’une manière pour les shebabs d’assurer la sécurité des travailleurs humanitaires,
– Employer des personnes choisies par les shebabs eux-mêmes,
– Ne pas entrer en contact avec des femmes somaliennes ni les employer sauf en matière d’accès aux soins,
– Ne développer aucune activité qui pourrait violer la charia ou entrer en opposition avec les règles imposées par les shebabs,
– Dans certains cas, des conditions imposaient que les distributions – alimentaires notamment – soient réalisées par les shebabs eux-mêmes après que les stocks concernés leur ait été remis par les organisations humanitaires.

Dans ce type de situation, il convient de rester pragmatique et d’évaluer au vu du contexte toutes les conséquences – positives et négatives – que peut avoir chaque prise de décision. Si en l’absence d’urgence extrême il est évident qu’aucune exception aux principes humanitaires ne peut être faite, la réflexion reste de mise dans un contexte tel que celui de la Somalie, mais cela, et j’insiste dessus, ne peut avoir lieu qu’en dernier recours. En effet, le respect des principes humanitaires est, au delà d’un authentique sacerdoce, un véritable gage de qualité et d’efficacité de l’action humanitaire. Ne pas s’y soumettre contribue au dévoiement de l’éthique humanitaire, à heurter le principe du respect de la dignité des personnes en situation de besoin et expose la mission à des risques sécuritaires démesurés.

Même en Somalie, le principe d’indépendance aurait exigé en théorie que les organisations humanitaires n’aient aucun contact avec les shebabs somaliens. De façon corollaire, le principe de neutralité aurait évidemment exigé qu’aucun individu choisi par lesdits shebabs ne soit employé au sein de ces missions. En théorie oui, mais en pratique, la Somalie constitue l’un des contextes opérationnels les plus dangereux du monde, du fait de l’activité même des shebabs. Dans ce cas là, que choisir ? Rester en Somalie et tenter du mieux possible d’apporter une assistance aux 750 000 personnes en situation de crise alimentaire aiguë et donc de danger de mort, quitte faire une entorse aux principes ? Faut-il mieux attendre, privilégier les négociations avec les shebabs, même si cela peut prendre plusieurs jours, plusieurs semaines ou davantage, au détriment des populations dans le besoin ou au risque – au mieux – de se voir interdire l’accès aux populations ou même – au pire – d’être expulsé ou de devenir la cible d’attaques ? Ou ne serait-il pas plus simple de quitter ce terrain d’intervention, au vu des risques majeurs qui y sont présents ?

Il est difficile de pouvoir donner une réponse juste. Aucune entorse aux principes humanitaires ne devrait en effet pouvoir être justifiée. Néanmoins, d’un point de vue plus pragmatique, il convient de comprendre que la proportion de l’urgence ait pu nécessité de se soumettre – avec rancoeur, j’en conviens – à de telles exigences de la part des shebabs. Je m’explique : Non seulement la réalisation des projets humanitaires a pu être menée suffisamment à bien pour que soit mis fin à l’état de famine en février 2012 (Relire à ce propos Fin de la famine en Somalie : Quelle réalité derrière l’annonce ?), mais aussi et surtout, cela n’a pas eu pour effet de renforcer la position des shebabs. En effet, ceux-ci ne cessent de perdre du terrain depuis août 2011 lorsqu’ils ont quitté Mogadiscio.

Dans tous les cas, force est de constater qu’il s’agit d’une question fondamentale et très certainement polémique, que beaucoup de travailleurs humanitaires peuvent être amenés à se poser, et ce sur bon nombre de terrains d’intervention. S’ils sont les plus à-même à comprendre ce que cela implique, peut-être serait-il néanmoins nécessaire de renforcer la communication envers le public envers ce sujet qui, lorsque de telles révélations sont établies, pourrait se sentir floué quant à la transparence des organisations humanitaire sur l’utilisation de leurs fonds.

Le rapport du HPG est disponible ici.

Le statut juridique de l’alimentation dans les instruments de droit international.

En période de conflit armé, le droit international humanitaire ne veille pas seulement à conférer une protection physique aux personnes non-combattantes telle que la population civile. Cette protection se rapporte également aux biens qui contribuent à sa protection, tels que les biens alimentaires. (I) De plus, de façon concomitante à la question de la protection de ces biens, les instruments de droit international humanitaire et de droit international des droits de l’Homme confèrent aux individus une protection relative à l’accès, la disponibilité et la qualité de l’alimentation ayant pour effet de consacrer un droit à l’alimentation (II).

I/ La double dimension de l’alimentation en droit international humanitaire.

À l’inverse des règles encadrant la conduite des hostilités, généralement désignées comme le droit des Conventions de La Haye de 1899 et de 1907, le droit des Conventions de Genève de 1949 accorde une part importante sinon principale à la protection de la personne humaine, en premier lieu le soldat mais également et le civil non-combattant. Cette focalisation sur la protection des personnes non-combattantes aujourd’hui essentielle a pourtant constitué une véritable nouveauté dans le contexte de la rédaction des Conventions de Genève, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. En effet, depuis ce conflit armé aux conséquences désastreuses, la guerre n’est plus seulement conduite sur des champs de batailles aux lignes de front bien délimitées, mais également dans les villes et plus simplement les zones occupées par les populations civiles ne prenant pas ou plus part aux hostilités. L’impact de la Seconde Guerre Mondiale en terme de perte de vies humaines a été tel que les civils ont constitué une majeure partie d’entre elles. Ainsi, dans l’esprit des Conventions de Genève de 1949, les populations civiles doivent non seulement ne pas faire l’objet d’attaques, mais également bénéficier d’une protection intégrale contre ces attaques.

Les conflits armés ont par ailleurs un impact inévitable sur des facteurs essentiels à la survie de la populations tels que l’accès aux soins ou à des denrées alimentaires. Alors que le droit de La Haye, en ce qu’il régit la conduite des hostilités entre les belligérants se concentre essentiellement à établir une protection par l’interdiction de pratiques compromettant la survie des individus, le droit de Genève tente d’appliquer un cadre protecteur aux biens qui de par leur nature contribuent à la survie des populations. Il en va ainsi pour les biens alimentaires, considérés comme indispensables à la survie des populations (A), ainsi que pour l’aide humanitaire destinée à la population lorsque ces biens font défaut (B).

A/ La protection des biens civils indispensables à la survie des populations.

Ce sont les deux Protocoles additionnels de 1977, en ce qu’ils complètent les Conventions de Genève de 1949, qui définissent (1) et reconnaissent la protection indispensable (2) des biens civils considérés comme essentiels à la survie de la population. Ces biens protégés contre toute forme d’atteinte désignent essentiellement les biens recouvrant le champ de l’alimentation, puisqu’il s’agit de façon non exhaustive des denrées alimentaires, des récoltes et des zones agricoles qui les produisent, du bétail, des installations et réserves d’eau potable ainsi que des ouvrages d’irrigation. Les biens alimentaires relatifs à l’aide humanitaire bénéficient également d’une protection (II).

B/ La protection de l’aide humanitaire destinée à assurer la survie des populations.

Les secours humanitaires peuvent, sous couvert de l’autorisation des parties concernées, contribuer à l’approvisionnement de biens essentiels à la survie de la population. Ces biens concernent les vivres donc les denrées alimentaires, les médicaments, mais également les vêtements, le matériel de couchage ou encore les logements d’urgence (3). La quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre instaure également la règle du « libre passage de tout envoi de vivres indispensables » aux populations (4). À cette fin, la Convention précise que l’Etat doit « [faciliter] dans toute la mesure de ses moyens » les actions de secours au profit de la population (5), lesquelles peuvent notamment porter sur l’apport de vivres en cas de pénurie alimentaire, en ne retardant d’aucune manière leur acheminement et leur délivrance mais également et surtout en les protégeant (6). Ainsi, à la question de la protection des biens dits alimentaires d’appartenance civile ou d’origine humanitaire s’ajoute celle du droit à l’alimentation.

II/ La signification du droit à l’alimentation en droit international.

Selon le Comité des droits économiques sociaux et culturels, le droit à l’alimentation « est réalisé lorsque chaque homme, chaque femme et chaque enfant, seul ou en communauté avec d’autres, a physiquement et économiquement accès à tout moment à une nourriture suffisante ou aux moyens de se la procurer » (7). Jean Ziegler, alors Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation précise cette définition en y ajoutant la notion de dignité, comme le remarque Christophe Golay (8). Ainsi, « le droit à l’alimentation est le droit d’avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit au moyen d’achats monétaires, à une nourriture quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d’angoisse, satisfaisante et digne » (9). Ces deux formulations permettent dès lors de suggérer que le droit à l’alimentation comporte trois dimensions : chaque individu doit pouvoir bénéficier d’une nourriture suffisante donc disponible, elle doit être accessible pour qu’il soit possible pour lui de se la procurer, et celle-ci doit être adéquate à ses besoins.

Au sens du Comité des droits économiques sociaux et culturels, la notion d’alimentation disponible en quantité suffisante signifie que celle-ci doit permettre aux individus de satisfaire leurs besoins alimentaires en conformité avec leur croissance physique et mentale (10). Cette disponibilité signifie également qu’il soit possible pour les individus que cette alimentation soit obtenue directement « de la terre ou d’autres ressources naturelles, [ou par la disposition] de systèmes de distribution […] et de marché opérants capables d’acheminer les produits alimentaires du lieu de production » (11) vers les individus sur tout le territoire national, cela sans interruption.

Concernant la notion d’alimentation accessible, le Comité des droits économiques sociaux et culturels envisage deux composantes. D’une part cela signifie que cette alimentation doit être accessible de manière physique, c’est- à-dire que toute personne, quelle qu’elle soit, « y compris les personnes physiquement vulnérables, comme les nourrissons et les jeunes enfants, les personnes âgées, les handicapés, les malades en phase terminale et les personnes qui ont des problèmes médicaux persistants, dont les malades mentaux, doit avoir accès à une nourriture suffisante » (12) ou bénéficier d’une aide pour y avoir accès en cas d’impossibilité physique ou dans l’hypothèse d’une catastrophe naturelle ou anthropique compromettant son accès. D’autre part, l’alimentation doit être accessible en terme économique, c’est-à-dire que la proportion des dépenses consacrées par les populations à leur régime alimentaire ne doit pas pour autant compromettre la satisfaction d’autres besoins élémentaires tels que l’accès à la santé ou l’éducation (13).

Bien que tardivement défini de façon précise, le droit à l’alimentation est également présent dans les instruments de droit international depuis la seconde moitié du XXème siècle, et plus particulièrement dans les traités de droits humains que dans les conventions de droit international humanitaire. En matière de droit à l’alimentation, il peut être ainsi considéré que les conventions de droit international humanitaire ne font en fait que compléter les instruments internationaux de protection des droit de l’Homme, ces derniers étant applicables en temps de paix comme de conflit armés (14). Les conventions de droit international humanitaire se distinguent néanmoins du droit international des droits de l’Homme en ce qu’elles lient les Etats aux obligations qu’elles contiennent, sans pour autant créer des droits subjectifs que les individus seraient susceptibles d’invoquer. Jean Ziegler, dans son rapport du 16 mars 2006 adressé au Conseil économique et social des Nations Unies indique qu’en matière de droit à l’alimentation les Etats sont liés à une obligation de respect (15), de protection (16) et de réalisation (17).

En droit international des droits de l’Homme, le droit à l’alimentation est consacré par divers instruments d’applicabilité variable, le premier étant la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Ainsi, son article 25 peut être interprété comme se rattachant au droit à l’alimentation en ce qu’il proclame le droit à un niveau de vie adéquat (18). L’article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels consacre également « le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture (…) suffisant(e) » tout en prenant soin de proclamer « le droit fondamental qu’a toute personne d’être à l’abri de la faim ». Il en est de même avec la Convention internationale sur les droits de l’enfant (19). Au plan régional africain, bien que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (20) ne comporte aucune disposition relative à la protection du droit à l’alimentation, celle-ci est notamment complétée par un protocole en vigueur relatif aux droits de la femme en Afrique (21) dont l’article 15 indique que « les États [doivent assurer] aux femmes le droit d’accès à une alimentation saine et adéquate ». Enfin, la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant indique que « Les Etats parties à la présente Charte s’engagent à […] assurer la fourniture d’une alimentation adéquate et d’eau potable » (22).

Il convient par ailleurs d’indiquer que l’applicabilité des règles du Droit international des Droits de l’Homme relatives au droit à l’alimentation en période de conflit armé a été confirmée par une avis consultatif de la Cour Internationale de Justice (23). Quant au cas spécifique du droit international humanitaire, bien que celui-ci ne fait aucunement mention dans ses dispositions d’un droit à l’alimentation des populations civiles de façon expresse, certaines d’entre elles s’y rattachent malgré tout (24). À cet égard, le droit international humanitaire comporte trois particularités permettant de renforcer la protection du droit à l’alimentation en période de conflit armé. En effet comme le rappelle Jelena Pejic (25), les parties à un conflit armé, qu’elles soient de nature étatique ou non-étatique sont liées sans différenciation aux règles universelles et indérogeables du droit international humanitaire, et doivent à cet effet les mettre en œuvre sans délai.

(1) Art. 54.2 du Protocole Additionnel I et art. 14 du Protocole Additionnel II des Conventions de Genève de 1949.
(2) Art. 54.4 du Protocole Additionnel I et 14 du Protocole Additionnel II des Conventions de Genève de 1949.
(3) Art. 69 du Protocole Additionnel I des Conventions de Genève de 1949.
(4) Art. 23 de la quatrième Convention de Genève de 1949.
(5) Art. 59 de la quatrième Convention de Genève de 1949.
(6) Art. 59 de la quatrième Convention de Genève de 1949 et art. 70.2 + 70.4 du Protocole Additionnel des Conventions de Genève de 1949.
(7) Comité, Observation générale 12. Le droit à une nourriture suffisante (art 11) (12 mai 1999), Doc.N.U. E/C.12/1999/5, par. 6.
(8) Christophe Golay, Droit à l’alimentation et accès à la justice, p.69.
(9) Commission, Le droit à l’alimentation. Rapport présenté par M. Jean Ziegler, Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation (7 février 2001), Doc.N.U E/CN.4/2001/53, par. 14.
(10) Comité, Observation générale 12. Le droit à une nourriture suffisante (art 11) (12 mai 1999), Doc.N.U. E/C.12/1999/5, par. 8 et 9.
(11) Ibid., par. 12.
(12) Comité, Observation générale 12. Le droit à une nourriture suffisante (art 11) (12 mai 1999), Doc.N.U. E/C.12/1999/5, par. 13.
(13) Ibid., par. 13.
(14) Jelena Pejic, The right to food in situations of armed conflit : The legal framework, Revue internationale de la Croix-Rouge, Vol. 83, 2001, p.1097.
(15) Le droit à l’alimentation. Rapport du Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, Jean Ziegler (16 mars 2006), E/CN.4/2006/44 (par. 22).
(16) Ibid. (par. 23).
(17) Ibid. (par. 24).
(18) Art. 25.1 : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation (…) ».
(19) Art. 24(2) (c) et 27 (3).
(20) Convention internationale adoptée dans le cadre de l’Organisation de l’unité africaine le 27 juin 1981. Entrée en vigueur le 21 octobre 1986.
(21) Art. 15 du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique (adopté le 11 juillet 2003, en vigueur depuis le 25 Novembre 2005).
(22) Art. 14. Convention adoptée dans le cadre de l’Organisation de l’unité africaine en juillet 1990. Entrée en vigueur le 29 novembre 1999.
(23) CIJ, Conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans le territoire palestinien occupé, avis consultatif du 9 juillet 2004, par. 106.
(24) La protection des biens civils indispensables se rattache inéluctablement à celle du droit à l’alimentation, voir Partie 2, Chapitre 2, Section 1.
(25) Jelena Pejic, The right to food in situations of armed conflit : The legal framework, Revue internationale de la Croix-Rouge, Vol. 83, 2001, p.1097-1098.

Sécurité alimentaire, famine, malnutrition, sous- alimentation: Kézako ?

La malnutrition n’est pas [exactement] synonyme de sous-alimentation (ou sous-nutrition). Le terme de famine ne concerne par ailleurs que des circonstances exceptionnelles. Pour mieux comprendre tout cela, voici un petit point essentiel sur ces notions relatives à la sécurité alimentaire.

Définitions générales.

Selon le dictionnaire pratique du droit humanitaire, la famine est définie comme étant « un état de pénurie alimentaire grave s’étendant sur une longue durée et qui conduit à la mort des populations concernées » (1). La famine, ainsi caractérisée par l’absence prolongée d’alimentation pousse les individus concernés vers l’état de sous-alimenté, qui peut leur être fatal. La notion de sous-alimentation s’oppose quant à elle à la notion de malnutrition. La malnutrition est en effet caractérisée par une déficience en micronutriments tels que les vitamines ou le fer (2), tandis que la sous-alimentation trouve son origine dans le manque d’apports suffisants en calories. En d’autres termes, si la sous-alimentation induit inévitablement la malnutrition des personnes, l’inverse n’est pas possible, puisqu’une personne peut être touchée par la malnutrition sans pour autant souffrir de faim (3).

Sur la gauche, une personne sous-alimentée, donc atteinte de malnutrition. Sur la droite, un individu atteint de malnutrition, mais ne souffrant pas de sous-alimentation. Auteur: Plantu.

Les conséquences de la sous-alimentation sont autant visibles qu’invisibles, en ce qu’elles ont un impact physique et psychologique sur les personnes. En effet, l‘état de faim prolongée provoque inévitablement des souffrances au corps et réduisent les capacités motrices et mentales des individus. Cela a pour effet de les empêcher de réaliser correctement une activité par exemple économique et de perpétuer par conséquent le cercle vicieux de la faim (4). Par ailleurs, la sous- alimentation augmente drastiquement l’exposition aux maladies, lesquelles accentuent consécutivement les risques de décès liés à la faim. De façon plus méconnue que son impact physique toutefois, la sous-alimentation a des conséquences redoutables sur le psychique des personnes touchées. Elle contribue en effet à la dépréciation de la dignité de la personne, placée sous l’angoisse constante d’un lendemain toujours plus incertain et la honte de ne pouvoir subvenir à ses propres besoins ou ceux de sa famille (5).

L’alimentation, en tant qu’élément indispensable au développement physique et mental de l’être humain, revête un aspect essentiel de la vie de celui-ci. Les aléas climatiques, les fluctuations du marché ou encore la guerre peuvent néanmoins largement compromettre l’accès des individus à une alimentation accessible, suffisante et adéquate, et les placer consécutivement en situation d’insécurité alimentaire. Le concept de sécurité alimentaire a d’abord été défini comme « la capacité de tout temps d’approvisionner le monde en produits de base, pour soutenir une croissance de la consommation alimentaire, tout en maitrisant les fluctuations et les prix » (6). Lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1996, il a finalement été retenu que « la sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sure et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine ».

L’analyse de la sécurité alimentaire.

Depuis 2004, la sécurité alimentaire est examinée au moyen d’un outil communément appelé « Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire » (IPC), lequel a été établi par l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) pour la Somalie (FSNAU). L’IPC distingue cinq phases de situations de sécurité alimentaire, de la sécurité alimentaire généralisée à la situation de famine et crise humanitaire en passant par l’état d’urgence humanitaire (7). Chacune de ces phases est évaluée à l’aide d’indicateurs d’impact de référence spécifiques. La phase de situation la plus grave, c’est-à- dire la situation de famine, est déclarée par la FSNAU et le réseau de système d’alerte rapide sur les famines (FEWS NET) de l’agence des États-Unis pour le développement international (USAID) lorsque au moins trois critères des protocoles IPC sont réunis:

– un grave manque d’accès à la nourriture pour 20 % de la population,
– une situation malnutrition aiguë – moins de 2100 kcal et moins de 4 litres d’eau disponibles par jour et par personne – dépassant les 30 %,
– et un taux brut de mortalité supérieur à deux décès par jour pour 10 000 habitants.

Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) Source: FSNAU

L’impact particulier des conflits armés.

L’insécurité alimentaire a pour particularité d’avoir pour principal facteur les conflits armés, comme le confirme un rapport du Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation (8), lequel reprend une affirmation soutenue par le Comité International de la Croix- Rouge. Dans le cas des conflits armés, quelles que soient les causes ayant réduit l’accès à l’alimentation, les populations civiles demeurent les premières touchées. Principales victimes des conflits armés comme le reconnaît la résolution 1265 du Conseil de Sécurité des Nations Unies (9) au travers des effets de la guerre dus aux balles, explosions et autres exactions commises par les groupes armés, les populations civiles subissent également la guerre au travers de l’impact irrémédiable que celle-ci a sur la sécurité alimentaire de toute région qu’elle affecte.

Comme le souligne Jelena Pejic, la guerre contribue à l’insécurité alimentaire en ce qu’elle perturbe toutes les étapes nécessaires à la nutrition des personnes, du stade de production à la consommation des produits (destruction des moyens de subsistance) en passant par l’approvisionnement des marchés (10). L’impact des conflits armés à l’étape de production des denrées alimentaires est particulièrement perceptible dans le domaine agricole, puisque la conduite des hostilités peut conduire les parties à un conflit armé de faire fi des précautions indispensables auxquelles celles-ci sont soumises en ce qui concerne les zones civiles.

(1) Françoise Bouchet-Saulnier, Dictionnaire pratique du droit humanitaire, p.248 (3ème édition)
(2) La carence en fer constitue la forme la plus fréquente de malnutrition. Elle empêche le développement cérébral.
(3) Sylvie Brunel, La Faim dans le monde. Comprendre pour agir, p.20-22
(4) Jean Ziegler, L’Empire de la honte, p.130 (Édition Livre de Poche)
(5) Jean Ziegler, L’Empire de la honte, p.137-138 (Édition Livre de Poche)
(6) FAO, Note d’orientation n°6, juin 2006.
(7) IPC Technical Manual Version 2.0. Disponible ici.
(8) Le droit à l’alimentation. Rapport préliminaire établi par M. Jean Ziegler, Rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme sur le droit à l’alimentation (23 juillet 2001), A/56/210
(9) Adoptée en 1999.
(10) Jelena Pejic, The right to food in situations of armed conflit : The legal framework, Revue internationale de la Croix-Rouge, Vol. 83, 2001, p.1097

WaterWheel: Réinventer la roue pour révolutionner la collecte d’eau.

Coup de projecteur sur une initiative très intéressante, réalisée par une petite entreprise dont l’objet principal est de fabriquer des bidons facilement transportables afin de simplifier la collecte de l’eau de nombreuses familles dans le monde.

800 millions de personnes sur la planète vivent en effet actuellement sans accès à l’eau potable. Dans de nombreux Etats du monde où cette situation perdure, ce sont en particulier les femmes et les jeunes filles qui sont chargées d’aller chercher quotidiennement l’eau nécessaire à tous les besoins de la famille. Une tache qui, déjà ingrate de par sa nature discriminatoire n’est pas exempte de contraintes.

Des contraintes sécuritaires tout d’abord, puisque d’innombrables viols sont commis par des éleveurs ou des hommes appartenant à des groupes armés à l’encontre des femmes parties à la recherche de bois ou d’eau. Ces contraintes sont également physiques, puisque bien généralement, les bidons d’une capacité de 15 à 25 litres qu’elles utilisent sont portés à même leur tête, ce qui leur cause consécutivement d’importantes douleurs au niveau du cou, des épaules et du dos notamment. Enfin, cette tache exclusivement féminine est extrêmement chronophage. En effet, selon la distance à laquelle se trouve le point de récolte en eau par rapport à leur lieu d’habitation, ces femmes peuvent consacrer jusqu’à 6h de leur temps quotidien à cette seule tache.

Le WaterWheel de Wello. Photo: Wello

L’entreprise Wello s’est donc focalisée sur ce problème et leurs recherches ont permis d’aboutir au tout début de l’année 2013 au « WaterWheel »: un bidon équipé d’une poignée afin que celui-ci puisse être très aisément roulé durant son transport. L’idée n’est toutefois pas nouvelle. En 1991, deux sud-africains ont inventé l’ « Hippo water roller » (initialement « aqua roller »), un bidon d’une capacité de 90 litres qui peut être transporté en le roulant sur lui-même au moyen d’une longue poignée. Aujourd’hui largement distribué en Afrique du Sud et dans 20 autres pays du continent africain, l’Hippo water roller présente toutefois deux inconvénients. Tout d’abord, sa capacité/taille standard qui peut le rendre difficilement maniable lorsqu’il est plein. Ensuite, son coût compris entre 75 et 100 dollars représente une dépense trop difficilement envisageable pour des familles vivant avec à peine 2$ par jour.

Le WaterWheel de Wello est venu palier à ces inconvénients. Le modèle développé a en effet une capacité de 50 litres, ce qui représente tout de même trois à cinq fois plus que les méthodes traditionnelles de collecte d’eau. De plus, son prix représente un véritable avantage. Produit à Ahmedabad, en Inde, le coût du WaterWheel est de 750 à 1 000 roupies indiennes, soit 9 à 12 euros. Enfin et surtout, que se soit pour l’Hippo water roller ou le WaterWheel, ces solutions permettent aux femmes de consacrer moins de temps à la collecte de l’eau. Conséquence directe, les jeunes filles voient leurs chances d’aller à l’école décuplées.

À ce jour, le WaterWheel de Wello est essentiellement distribué en Inde, où près de 75% des foyers ne disposent pas d’un accès direct à l’eau. La société prévoit de continuer d’étendre son produit au travers du pays, mais également de l’améliorer, en y intégrant notamment un système de filtration ou en l’équipant d’un chargeur de téléphone portable utilisant la rotation du bidon pour produire l’électricité nécessaire.

« Fin de la famine » en Somalie : quelle réalité derrière l’annonce?

Note: Cet article a initialement été publié en février 2012 mais son contenu reste d’actualité.

Le nouveau directeur général de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), José Graziano da Silva, a annoncé le 3 février dernier la fin de la période de famine en Somalie. Une déclaration faite à l’occasion de la publication du nouveau rapport de l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la FAO pour la Somalie (FSNAU) et du Réseau de système d’alerte rapide sur les famines (FEWS NET) de l’agence USAID. José Graziano da Silva a ajouté à ce titre que « des pluies longtemps attendues(arrivées entre octobre et décembre 2011), ainsi que la conjonction de contributions agricoles substantielles et de la réponse humanitaire déployée au cours des six derniers mois, sont les principales raisons de cette amélioration« .

Concrètement, qu’en est-il sur place?

Il est indiqué dans ce dernier rapport – bien que les difficultés pour recueillir données et informations à ce sujet soient évidentes, notamment en raison de la restriction des déplacements et des zones inaccessibles, aux mains des milices shebab – que le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire d’urgence en Somalie est dorénavant estimé à 2,34 millions, dont environ 325.000 enfants. Si l’on en croit les estimations, ce chiffre représenterait 31% de la population somalienne. En comparaison, au plus fort de la crise, 4 millions de personnes (soit 53% de la population) nécessitaient une aide d’urgence, et 750.000 d’entre elles étaient considérées comme étant véritablement en danger de mort.

Estimation de la sécurité alimentaire dans la Corne de l’Afrique – Janvier-Mars 2012. Source: FEWS NET

Ces chiffres étant encore cruellement élevés, ceux-ci restent donc à relativiser, raison pour laquelle le directeur général de la FAO a tenu à préciser que la crise n’en est pas moins terminée. Pour ce dernier, « seule la combinaison d’une bonne pluviométrie et d’actions à long terme continues et coordonnées, visant à renforcer la résilience des populations locales et liant programmes d’aide humanitaires et de développement, peut apporter une solution définitive à cette crise. Les sécheresses sont inévitables mais nous pouvons mettre en place des mesures adéquates pour éviter qu’elles ne provoquent des famines. Trois mois nous séparent de la prochaine saison des pluies. »

La prudence reste donc de mise, puisqu’à l’échelle de l’ensemble de la Corne de l’Afrique (Somalie, Kenya, Ethiopie, Djibouti), si les estimations annonçaient le nombre de 13 millions de personnes souffrant de la crise alimentaire au plus fort de la crise, ce nombre reste encore aujourd’hui autour de 9,5 millions de personnes. Un chiffre qui suffit, à lui seul, à rappeler que la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique n’est définitivement pas terminée.

Sur quels critères un état est-il déclaré en situation de famine?

La famine est définie par les Nations Unies comme étant « une situation de crise alimentaire extrême dans laquelle les enfants, mais aussi les adultes, meurent de faim« . Une définition très généraliste qui a ainsi incité à examiner la sécurité alimentaire au moyen d’un outil communément appelé le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), établi dès 2004 par l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la FAO pour la Somalie (FSNAU). L’IPC distingue cinq phases de situation de sécurité alimentaire – allant de la sécurité alimentaire généralisée à la situation de famine et crise humanitaire, en passant par l’état d’urgence humanitaire –, et chacune d’elles est dotée d’une définition générale en plus des indicateurs d’impact de référence spécifiques.

La phase de situation la plus grave, c’est-à-dire la situation de famine, est déclarée par la FSNAU et le réseau FEWS NET lorsque au moins trois critères des protocoles IPC sont réunis: un grave manque d’accès à la nourriture pour 20% de la population, une situation de malnutrition aiguë – moins de 2100 kcal et moins de 4 litres d’eau disponibles par jour et par personne – dépassant les 30% et un taux brut de mortalité supérieur à deux décès par jour pour 10.000 habitants.

Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) Source: FSNAU

À la vue de ces critères, force est de constater que la Somalie répond toujours à l’un d’entre eux: celui de la situation de malnutrition aiguë dépassant les 30% de la population – provoquant encore de nombreux décès. Néanmoins, bien que je ne sois pas en possession d’informations supplémentaires, pas plus que je n’ai ni la volonté ni la capacité de remettre en question les conclusions du dernier rapport FSNAU-FEWS NET, je ne peux que rester dubitatif et véritablement soucieux quant à l’impact qu’elles auront.

De la communauté internationale aux journalistes: tous responsables?

L’incapacité de la communauté internationale à prendre rapidement et efficacement les mesures indispensables à l’enrayement de cette tragédie, pourtant prévisible, n’est plus à démontrer. Un rapport commun des ONG Oxfam et Save the Children, publié le 18 janvier dernier, affirme ainsi que « plutôt que d’agir en amont, de nombreux bailleurs ont préféré attendre d’avoir des preuves qu’une crise était en cours« . Et d’ajouter: « Si un certain nombre d’opérations ont été rapidement déclenchées, ces actions se sont vite révélées insuffisantes face à une crise d’une telle ampleur. Des interventions plus onéreuses ont donc dû être déployées à un stade ultérieur. Acheminer cinq litres d’eau par jour pour 80.000 personnes en Ethiopie pour sauver des vies en urgence, revient à plus de 3 millions de dollars alors qu’il ne coûte pas plus de 900.000 dollars de réhabiliter les points d’eau hors d’usage de la région pour prévenir une sécheresse annoncée.« 

Il en va de même également pour les journalistes, qui à mon sens ont également leur part de responsabilité dans l’indifférence avec laquelle cette situation dans la Corne de l’Afrique a dégénéré sans qu’aucun média de masse ne s’en fasse l’écho. Bien que les ONG et autres organisations internationales s’appliquent à publier régulièrement communiqués et rapports sur la multiplication des signaux annonciateurs de crises humanitaires, les journalistes, parfaits hypocrites dont le métier serait de diffuser les informations au plus grand nombre, se sont ainsi accordés le luxe d’attendre le déclenchement de la situation de famine en Somalie en juillet 2011 pour enfin daigner parler de la crise alimentaire qui sévit dans toute la Corne de l’Afrique.

La même logique a actuellement lieu en ce qui concerne la grave et croissante crise alimentaire dans la région sahélienne où plusieurs millions de personnes sont dans une situation de vulnérabilité extrême. Le 23 janvier, Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, s’est à ce sujet fait l’étendard de la préoccupation urgente quant à la crise sahélienne qui touche pêle-mêle la Mauritanie (1), le Tchad, le Mali (2), le Niger (3), le Burkina Faso (4), le Sénégal mais également le Nigéria et le nord du Cameroun. Il a ajouté à juste titre que « si l’aide internationale n’arrive pas dans les semaines qui viennent, les agences humanitaires seront dans l’impossibilité de faire face à la demande croissante qui pèse sur elles. La communauté internationale doit tirer les leçons de la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique« .

Fin de l’état de famine = fin de l’attention médiatique

Quoi qu’il en soit, retenons que depuis le 3 février dernier, la Somalie n’est donc plus considérée comme étant un état placé en situation de famine, mais « simplement » en situation d’urgence humanitaire. Une classification pour le moins paradoxale, comme s’il pouvait y avoir plusieurs degrés d’urgence dans l’urgence, et provoquant de facto une banalisation de la notion d’urgence humanitaire. Par conséquent et sans surprise, les médias détourneront leur attention déjà minimale à ce sujet, et auront ainsi tout le loisir de se consacrer à la couverture de l’élection présidentielle française sans que quiconque n’ait à culpabiliser de ne pas voir traitées ce type d’informations.

Citons pour terminer ce qu’avait annoncé José Graziano da Silva au cours de sa première conférence de presse en qualité de directeur général de la FAO – deux jours après sa prise de fonction et un mois jour pour jour avant son annonce de fin de famine en Somalie. En tête de ses priorités figurait l’élimination totale de la faim et de la sous-alimentation dans le monde. Tout un symbole donc pour ce début de mandat à la tête de la FAO, de la part d’un homme ayant été en 2003 responsable de la conception et de la mise en œuvre du programme « Faim Zéro » au Brésil. Il aurait été, à mon sens , attendu de saisir l’occasion pour remettre en question le mode d’étude de l’Unité d’analyse de la sécurité alimentaire et de la nutrition de la FAO pour la Somalie (FSNAU), ou tout du moins le relativiser davantage.

Près de 2,4 millions de personnes souffrent toujours de la faim en Somalie, pays de la Corne de l’Afrique ravagé en partie par une crise alimentaire depuis près de vingt ans et qui compte un nombre incalculable de victimes de la faim. Mais soyons rassurés: depuis le 3 février, il n’y a plus de famine en Somalie…

(1) En Mauritanie, 700.000 personnes vivent dans les régions affectées par la crise alimentaire au Sahel.
(2) 2,9 millions de personnes sont touchées au Mali.
(3) Au Niger, 6 millions de personnes sont affectées par la crise alimentaire.
(4) 162 communes sur un total de 356 communes au Burkina Faso sont affectées par l’insécurité alimentaire.