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Il n’est pas nécessaire de le démontrer, la pandémie de coronavirus (COVID-19) a affecté la quasi-totalité des activités humaines sur l’ensemble de la planète. Avec 178 pays actuellement affectés par cette crise, et alors que les inquiétudes se font de plus en plus grandes quant aux conséquences économiques mondiales qui en résulteront, il convient également de jeter un regard sur l’impact de la pandémie sur les activités humanitaires.

En effet, cette crise sanitaire fait également naitre d’immenses craintes qui ont d’ores et déjà poussé les organisations humanitaires à adopter des mesures et toutes les précautions nécessaires pour limiter les risques de contagion pour les participants de leurs activités ainsi que leur personnel national et international. Le défi à relever s’annonce gigantesque alors que plusieurs pays déjà concernés par une ou plusieurs crises humanitaires de grande ampleur ont commencé à recenser des cas de patients infectés par le COVID-19.

LE CORONAVIRUS, UNE CRISE AU MILIEU DES « AUTRES ».

Le défi est d’autant plus grand que les organisations humanitaires sont contraintes de s’adapter à l’imminence d’une crise de grande ampleur alors qu’elles sont d’ores et déjà pleinement mobilisées dans le cadre de crises préexistantes. En effet, bien que l’attention de la communauté internationale soit en toute légitimité pleinement concentrée sur l’évolution et la résolution de la crise liée au COVID-19, l’ensemble des crises humanitaires actuelles ne sont quant à elles pas suspendues. Au contraire, celles-ci se poursuivent inexorablement dans un silence aujourd’hui grandissant, tandis que les besoins des populations vulnérables demeurent inchangés. Parmi la longue liste de craintes exprimées par la communauté humanitaire se trouve donc celui de voir la pandémie de coronavirus complètement occulter les autres crises de nature humanitaire.

Par ailleurs, le coronavirus ne fait pas que s’ajouter à la liste des crises auxquelles les organisations humanitaires sont déjà mobilisées, puisque la pandémie de COVID-19 les contraint également à se confronter à des tensions d’approvisionnement de matériel médical et de protection – en particulier les masques médicaux, les gants et les lunettes de protection. Cela est non seulement dû à l’explosion de la demande mondiale mais aussi aux fermetures successives d’aéroports partout sur le globe. Beaucoup redoutent également une flambée des prix du matériel médical de base, puisque cela serait incompatible avec les déficits de financement auxquels les organisations font déjà face pour répondre aux urgences existantes.

Par ailleurs, le risque d’un élargissement de la pandémie de coronavirus dans les zones d’intervention humanitaires expose les systèmes de santé des pays les moins développés à une désorganisation complète des services de soins médicaux, à l’image de celle provoquée par l’épidémie d’Ébola en Afrique de l’Ouest en 2014. En effet, la priorisation de la réponse anti-Ébola avait interrompu la continuité des services médicaux de base et d’urgence avec pour conséquence directe l’augmentation du nombre de décès liés à d’autres pathologies.

EN TOUT TEMPS, L’ACCÈS À LA SANTÉ EST UNE URGENCE HUMANITAIRE.

La pandémie de COVID-19 met en effet en lumière les faiblesses des systèmes de santé des pays en développement. Cela est d’autant plus grave et tragique pour les pays déjà affectés par une crise humanitaire majeure (plusieurs années de conflit armé, catastrophe naturelle…) puisque leurs systèmes de santé – lorsque ceux-ci existent – sont typiquement les plus faibles et les plus fragiles au monde.

Ces faiblesses ont pour conséquence directe d’empêcher toute surveillance des maladies et de leur propagation de façon optimale, mais cela rend également difficile sinon impossible d’apporter une réponse adéquate en cas d’épidémie. Affirmer qu’un accroissement des cas confirmés de coronavirus dans les zones d’intervention humanitaires serait dramatique relève ainsi de l’euphémisme, tant la menace est réelle pour les populations les plus vulnérables.

De manière générale, la communauté humanitaire s’accorde actuellement à coordonner ses efforts de préparation et de réponse à la pandémie de COVID-19 en portant une attention toute particulière aux populations déplacées/réfugiées ainsi qu’aux personnes résidant dans une zone de conflit armé. Les camps de déplacés/réfugiés constituent en effet un terreau fertile aux pics épidémiques liés aux maladies respiratoires, favorisés par la malnutrition généralisée – en particulier pour les enfants –, les conditions d’hygiène déplorables et une densité de population très élevée qui empêche toute distanciation sociale.

Les déplacés et les réfugiés comptent donc parmi les personnes les plus exposées au risque de contamination, mais l’inquiétude est également vive pour les personnes vivant dans des zones de conflit armé où les structures de santé ont été irrémédiablement affectées, comme en Syrie ou au Yémen. Dans ces contextes où les hopitaux ont été dévastés et continuent encore à faire l’objet d’attaques systématiques, la multiplication de cas de COVID-19 constituerait une terrible aggravation – si tant est que cela soit possible – de la catastrophe qui affecte ces populations depuis de trop longues années.


Les conflits armés contribuent d’ailleurs à la propagation des maladies au point d’en faire réapparaitre certaines d’entre-elles, comme depuis 2013 en Syrie avec la polio, alors que celle-ci avait totalement disparu dans le pays avant le conflit.


Il convient également de noter que dans un contexte de pandémie tel que celui-ci, il est indispensable de pouvoir identifier au plus vite les personnes qui ont été en contact avec chaque individu infecté afin de limiter au maximum la propagation de la maladie. Les déplacements réguliers de plusieurs milliers de personnes fuyant les bombardements rendent toutefois particulièrement difficile le traçage – ou « contact tracing » – des personnes porteuses d’une maladie contagieuse. C’est dans cette optique que le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé d’urgence à la mise en place d’un cessez-le-feu mondial, dans le but de limiter autant que possible que les mouvements de population dû à la guerre et par extension, la possible propagation du virus.

La pandémie de COVID-19 et les craintes qu’elle suscite rappelle une nouvelle fois que l’accès à la santé demeure une priorité essentielle et constitue une véritable pierre angulaire dans les stratégies de réponse aux crises humanitaires, en faisant jeu égal avec l’accès à l’alimentation, l’eau, l’hygiène et l’assainissement.

Carnet de Bord – HUMANITAIRE exprime par ailleurs ses inquiétudes quant à la généralisation des mesures de confinement, y compris dans les pays en développement, et l’impact dévastateur que celles-ci auront sur les moyens d’existence des populations les plus pauvres. En effet, dans des pays comme la République Démocratique du Congo, l’Inde ou le Myanmar, dans lesquels aucune aide sociale de l’État n’est envisageable, l’idée de confinement entre en contradiction totale avec la réalité socio-économique des plus pauvres, en particulier en milieu urbain. Contrairement aux zones rurales, les pauvres des milieux urbains vivent généralement dans des bidonvilles ou des campements de fortune où l’accès à la terre est extrêmement réduit, sinon inexistant. Il leur est par conséquent impossible de dépendre de l’agriculture pour subvenir à leurs besoins, et ceux-ci n’ont pas d’autre choix que de tenter de poursuivre leur activité économique, bien souvent informelle et rapportant tout juste assez pour permettre à leur famille de survivre une journée de plus.

LE CORONAVIRUS POUSSE LES ORGANISATIONS HUMANITAIRES À ADAPTER LEURS OPÉRATIONS.

Sur le terrain des opérations humanitaires, les mesures destinées à lutter contre la propagation du coronavirus ont d’ores et déjà sévèrement affecté la mise en œuvre des activités. En effet, l’assistance humanitaire qui est par nature un travail de proximité se voit aujourd’hui profondément bouleversée par des restrictions de mouvement qui se rajoutent aux difficultés d’accès préexistantes de certaines zones d’intervention.

En parallèle, et en conformité avec leur stratégie de limitation des risques de transmission du coronavirus aux bénéficiaires ainsi qu’aux travailleurs, les organisations humanitaires travaillent activement à rapatrier leurs employés internationaux non-essentiels – c’est-à-dire de ceux dont l’absence à court-terme ne pénalisera pas durablement la continuité des opérations – vers leur pays de résidence. L’objectif est en effet de limiter autant que possible les risques de transmission du virus dans les zones où l’accès aux soins est plus que limité et nécessiterait des rapatriements d’urgence rendus encore plus difficiles avec la suspension des lignes aériennes et la fermeture des aéroports.

Les organisations humanitaires se trouvent également face à une difficulté de taille que constitue la relève de leurs employés internationaux en fin de mission. Alors que les fermetures de frontières et la suspension des vols commerciaux se succèdent, il devient par conséquent de plus en plus difficile d’envoyer de nouveaux travailleurs internationaux prendre le relais de leurs collègues épuisés par leurs missions respectives. Face à ce problème dont l’incertitude quant à sa durée est au moins aussi grande que l’imprévisibilité de son étendue, l’Organisation Mondiale de la Santé a affirmé à plusieurs reprise la nécessité d’établir des corridors humanitaires, avec toutes les précautions nécessaires que cela suppose, afin de garantir non seulement l’approvisionnement du matériel destiné à l’assistance humanitaire mais aussi permettre la mobilité du personnel.  

SUR PLACE, LA RÉPONSE HUMANITAIRE FACE AU CORONAVIRUS S’ORGANISE.

En dépit du défi imposé par la pandémie de COVID-19, les organisations humanitaires ont la lourde tâche d’assurer la continuité de leurs opérations, tout en développant de nouvelles activités de prévention contre une propagation du coronavirus dans leurs zones d’intervention. La communauté humanitaire s’appuie à ce titre sur l’expertise qu’elle a développée ces dernières années en matière de prévention et de contrôle des épidémies telles que Ébola en Afrique de l’Ouest et le choléra au Yémen.

En pratique, cela passe donc en priorité par l’établissement de systèmes de surveillance et de détection rapide des nouveaux cas, l’identification des populations les plus à risque de contracter le virus mais aussi le renforcement des messages de promotion d’hygiène – en particulier s’agissant des gestes barrières comme le lavage des mains –, et la distribution de savon. Les procédures de distribution ont également été réadaptées, afin d’éviter autant que possible les regroupements de personnes. En parallèle à chacune de ces mesures, il est également primordial de mobiliser l’ensemble des communautés tout en veillant à prendre en compte leurs perceptions, leur croyance et leurs pratiques afin de garantir la diffusion, la compréhension et l’efficacité de ces messages.


Toute activité humanitaire, quelle qu’elle soit, nécessite que le matériel distribué ou les pratiques enseignées rencontrent d’une part la compréhension des bénéficiaires et d’autre part leur acceptation. L’acceptation des bénéficiaires ciblés, eu égard à leurs préférences, habitudes culturelles ou leurs besoins reste en effet l’une des pierres angulaires de la réussite d’un projet.


Comme l’indique Médecins Sans Frontières (MSF), il est tout aussi important de garantir la protection du personnel soignant. À cet effet, l’organisation est activement mobilisée pour la fourniture de matériel de protection et apporter le soutien nécessaire aux structures médicales les plus limitées afin de s’assurer qu’elles sont prêtes à gérer l’isolement et le traitement des cas de COVID-19. « Assurer la réponse humanitaire pendant une épidémie, c’est d’abord s’assurer que nos équipes, en particulier les personnels médicaux, soient bien protégés et respectent les mesures préventives, pour ne pas aggraver les risques de propagation de cette épidémie » rappelle Première Urgence Internationale (PUI) qui œuvre également au soutien des structures de santé les plus fragiles.

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) agit quant à lui activement en faveur de la protection des personnes détenues contre le risque d’une propagation du virus. En effet, les lieux de détention dans lesquels intervient l’organisation sont généralement dépourvus d’installations sanitaires adéquates et l’accès à des soins y est extrêmement limité, à tel point que l’état de santé général des détenus est souvent plus mauvais que le reste de la population. À cela s’ajoute la surpopulation, qui dans le contexte d’une prison augmente dramatiquement le risque d’une contagion à grande échelle. En plus de la continuité de ses activités de soins primaires et de lutte contre la malnutrition pour protéger l’état de santé des détenus, le CICR a également accentué ses mesures préventives telles que l’examen médical des nouveaux détenus afin de s’assurer qu’il ne sont pas porteurs du COVID-19.

LA PANDÉMIE DE COVID-19 AFFECTERA LA SPHÈRE HUMANITAIRE SUR LE LONG TERME.

Dans tous les cas, et bien qu’il soit encore trop tôt pour en mesurer l’étendue, il n’en demeure pas moins que la pandémie de coronavirus affectera douloureusement le financement de l’assistance humanitaire. En effet, face aux turbulences que l’économie mondiale traverse actuellement au point de provoquer une récession de niveau global, il est fort à parier que cela impactera de façon équivalente les fonds attribués à l’aide humanitaire.

Aperçu du financement humanitaire au 29 février 2020. Source.

Cette perspective est d’autant plus alarmante que le financement de l’assistance humanitaire est déjà cruellement insuffisant. En 2019, les Nations Unies estimaient les besoins financiers à hauteur de 29,7 milliards de dollars. Seuls 18,1 milliards de dollars ont été effectivement reçus, soit 61% du montant nécessaire. En février dernier, et alors que la pandémie de COVID-19 était encore loin d’atteindre son niveau actuel, les Nations Unies estimaient les besoins financiers de l’aide humanitaire pour 2020 à 28,7 milliards de dollars. S’il ne fait aucun doute que cet objectif ne sera une nouvelle fois pas atteint, l’impact du coronavirus sur l’économie et les finances mondiales laisse toutefois entrevoir un futur aussi sombre que critique pour l’assistance humanitaire. Cela est d’autant plus dramatique que si l’assistance humanitaire est en passe d’être encore plus largement sous-financée, les besoins des populations vulnérables ne font quant à eux qu’augmenter.

Enfin et surtout, il reste à espérer de toutes nos forces qu’aucune région du monde n’ait à connaitre ces prochains mois une catastrophe humanitaire supplémentaire (du niveau d’un tsunami comme en 2004 pour l’Asie du Sud-Est ou d’un séisme comme en 2010 en Haïti). Nul ne sait en effet ce qu’il adviendrait de la réponse d’urgence et des moyens qui lui seraient attribués dans un contexte où les financements de l’aide sont taris et le déploiement d’équipes de secours rendu impossible par les restrictions de mouvements. Si l’avenir est donc très sombre pour les organisations humanitaires et les activités qu’elles déploient, il l’est d’autant plus pour les populations les plus vulnérables.

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Les idées reçues, il en existe pour tous les sujets… Et l’humanitaire ne déroge évidemment pas à cette règle ! Que ce soit durant des conversations entre amis ou dans les discussions menées sur les réseaux sociaux, on trouve toute sorte d’affirmations erronées et autres raccourcis utilisés à tort et à travers à ce sujet. En quelques minutes, je vous propose de passer en revue les idées reçues les plus répandues lorsque l’on parle d’humanitaire, et d’y répondre afin de comprendre ce qu’il en est réellement.

Idées reçue n°1 : Tous les travailleurs humanitaires devraient être bénévoles, car tout le monde peut faire de l’humanitaire. 

Sous prétexte que l’humanitaire vise fondamentalement à apporter de l’aide, il est souvent considéré que n’importe qui peut le faire. Mais travailler dans l’humanitaire, ce n’est pas seulement « aider son prochain ». C’est avant tout identifier avec précision quelles sont les personnes les plus vulnérables et déterminer quel type d’assistance répond le mieux à leurs besoins. C’est aussi évaluer et analyser les risques environnementaux, économiques, sociaux et sécuritaires liés à la crise en question et mettre en œuvre les mesures les plus adéquates possibles pour ne pas créer davantage de problèmes.

Travailler dans l’humanitaire c’est aussi recruter les équipes sur place qui seront au cœur de la mise en œuvre de l’intervention, mais aussi veiller chaque jour à la bonne utilisation des fonds attribués aux projets d’assistance. C’est également s’assurer que la logistique opérationnelle soit efficace sept jours sur sept quelques soient les challenges quotidiens. C’est garantir que les standards de qualité de mise en œuvre de l’action humanitaire soient respectés tout en travaillant en faveur d’une stratégie de sortie pour que cette assistance ne soit pas réalisée ad vitam aeternam.

C’est pour toutes ces raisons non-exhaustives, qui soulignent l’expertise requise pour les activités humanitaires, qu’il est indispensable d’impliquer des professionnels. Et comme il serait impensable d’exiger des médecins, infirmiers et sapeurs-pompiers d’effectuer bénévolement leur travail d’assistance auprès des personnes dans le besoin, il en est évidemment de même pour les travailleurs humanitaires.

Idée reçue n°2 Il suffit d’organiser une collecte de nourriture et de vêtements pour aider les pays les plus pauvres.

Contrairement à ce qu’il serait possible de croire, envoyer des produits tels que des vêtements et de la nourriture vers les pays les plus défavorisés pour que tout cela soit gratuitement distribué sur place est susceptible de faire plus de mal que de bien. En effet, même dans les endroits les plus pauvres de la planète, il est toujours possible de trouver ces produits puisque le véritable problème concerne l’impossibilité de pouvoir se les procurer. C’est-à-dire que les personnes n’ont tout simplement pas de moyens économiques suffisant pour les obtenir.

Par conséquent, il est clair que si ces produits sont déjà commercialisés sur place, et que quelqu’un ou un groupe de personnes ramène le même type de produits afin qu’ils soient distribués gratuitement, c’est toute l’économie locale qui en pâtira. Les plus pauvres pourront certes bénéficier des produits ramenés de l’étranger et distribués gratuitement, mais les commerçants tomberont ensuite à leur tour dans la pauvreté.

Pour éviter ce type de désagrément et promouvoir au maximum l’indépendance des communautés vulnérables – car assistance ne doit pas rimer avec assistanat – il est donc conseillé de se tourner en premier lieu vers les commerçants locaux, pour se procurer les produits dont ils disposent, avant de les redistribuer aux plus vulnérables. De cette manière, les communautés accèdent à ce qui leur manque sans que l’économie locale soit négativement impactée puisque les commerçants bénéficient également de cette intervention.

Idée reçue n° 3 : L’utilisation de l’argent reçu par les organisations humanitaires manque de transparence, et celles-ci ne rendent pas de comptes.

De par le fait qu’elles utilisent en grande partie des financements publics (c’est-à-dire d’un État comme la France au travers du Ministère des Affaires Étrangères ou bien d’institutions comme l’Union Européenne), mais aussi parce que leur action repose sur la confiance que le public leur accorde, les organisations humanitaires comptent parmi les structures les plus contrôlées quant à l’utilisation des sommes qu’elles mobilisent pour la réalisation de leurs projets.

À l’interne tout d’abord, les organisations sont tenues de réaliser des audits afin de s’assurer que les fonds sont correctement utilisés pour l’ensemble des projets mis en œuvre sur le terrain, en conformité avec les procédures propres à chaque organisation, en matière d’achats par exemple, ou en termes de ressources humaines. Chaque bailleur et institution finançant des projets d’assistance internationale se réserve également la possibilité de réaliser un audit afin d’examiner à l’euro près comment le budget des projets en question a été utilisé.

Chaque année, les comptes des ONG sont également contrôlés et certifiés par des commissaires aux comptes, et dans le cas de la France, l’État peut également contrôler à tout moment l’utilisation des fonds, qu’il s’agisse des dons effectués par les particuliers, ou des sommes attribuées par les bailleurs et autres institutions internationales.

Cette idée reçue souligne toutefois une véritable inquiétude, à savoir le manque de transparence complète des ONGs envers le public. En effet, pour mettre fin une bonne fois pour toute à la méfiance exprimée par une partie du public, il ne suffit pas de publier chaque année un rapport relatant dans quelles proportions le budget global de l’organisation a été utilisé. Il conviendrait davantage que les ONG rendent des comptes de la même manière qu’elles le font avec les bailleurs et institutions internationales, c’est-à-dire en justifiant publiquement l’utilisation des fonds qu’elles ont perçu, à l’euro près, tout en démontrant plus de pédagogie dans leur communication au sujet de la réalisation de leurs projets menés sur le terrain.

Idée reçue n°4 : Pour faire de l’humanitaire, on peut partir pour le compte d’une association afin de donner des cours de français dans une école.

Comme cela a été expliqué dans une vidéo dédiée à ce sujet, partir dans un pays en développement pour donner des cours de français sans être habilité à le faire dans son propre pays, ce n’est pas de l’humanitaire. C’est du volontourisme.

Et ce genre de pratique est en tout point critiquable puisque l’impact de ces projets est autant négatif que contre-productif, et sous-entend que même sans formation technique, et uniquement avec de la bonne volonté, le volontaire étranger est toujours plus instruit et capable d’œuvrer efficacement que les personnes vivant dans le pays en question.

Alors si vous souhaitez aider et contribuer à des actions solidaires de la manière la plus juste et la plus sensée sans nécessairement disposer d’une formation dans ce domaine, la meilleure idée est de commencer en tant que bénévole au sein d’une association dans votre ville.

Idée reçue n°5 : Quand je fais un don, j’exige que 100% du montant bénéficie directement aux personnes vulnérables sur place, pas aux salaires ou aux autres frais.

Soyons clairs, il est impossible que le montant attribué à la résolution d’une crise humanitaire soit intégralement reversé de manière directe aux bénéficiaires sur place. Et cela pour plusieurs raisons.

Prenons le cas d’une distribution alimentaire : cela nécessite, après approvisionnement, que les denrées à distribuer soient d’abord stockées dans un entrepôt loué à cette fin. Lorsque les éléments contextuels sont réunis pour que la distribution puisse avoir lieu, il est nécessaire qu’un camion avec le service d’un chauffeur soit loué, afin d’aller apporter l’aide d’un point A vers un point B. Le camion rempli de vivres devra ensuite être déchargé sur place, par des personnes employées à cette occasion, afin que la distribution puisse enfin avoir lieu. Autrement dit, dans le cas d’une simple distribution alimentaire, il est impossible de s’exonérer de coûts indirects tels que les frais de stockage et de transport. Et de la même manière, chaque type d’activité humanitaire comporte son lot de frais incompressibles et inhérent à sa réalisation.

Et puis ces projets qui sont mis en œuvre nécessitent forcément l’implication de travailleurs, en très grande partie nationaux, et en plus petite partie internationaux, dont le travail ne peut évidemment pas s’effectuer de manière bénévole. Dans certains lieux d’intervention où l’économie est en berne et le taux de chômage très important, les ONGs sont même les principaux recruteurs et permettent de cette manière de redynamiser l’économie locale et nationale. À ce titre il est également erroné de penser que le budget de chaque projet sert avant tout à payer les salaires des travailleurs internationaux, puisqu’en termes de proportion, la part accordée aux salaires des travailleurs nationaux est très largement supérieure.

Idée reçue n°6 : Faire un don aux organisations humanitaires ne sert à rien, puisque malgré l’argent qu’elles reçoivent, les crises perdurent années après années.

Cette dernière idée reçue nécessite une explication qui va bien au-delà des actions menées par les organisations humanitaires, qui d’ailleurs ne sont pas celles à blâmer lorsqu’il s’agit de comprendre pourquoi certaines crises perdurent.

Rappelons pour commencer, que les catastrophes naturelles, c’est-à-dire les séismes, les cyclones ou les tsunamis par exemple, sont imprévisibles, et il en est de même s’agissant de leur impact. Il est à ce titre injuste de tenir les ONGs responsables de la récurrence de ces catastrophes.

De plus, beaucoup d’éléments extérieurs aux organisations humanitaires sont à prendre en compte dans la résolution d’une crise. L’existence d’un ou de plusieurs conflits armés dans un seul et même pays, la corruption présente dans toutes les structures d’un État ou l’absence d’une politique de santé public à destination de tous sont des exemples caractéristiques d’éléments extérieurs qui échappent au contrôle des organisations humanitaires, mais qui contribuent bel et bien à la survenance ou à la perpétuation de crises.

Enfin, il est primordial de garder à l’esprit que c’est avant tout aux États eux-mêmes d’apporter la protection et l’assistance nécessaires à leur population lorsqu’une crise survient. Les ONG sont évidemment présentes pour soutenir les États lorsqu’ils ne sont pas ou plus en mesure d’agir correctement, mais leur assistance n’a pas et n’aura jamais vocation à se substituer indéfiniment aux devoirs des États.

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S’il vous est venue l’envie de vous engager dans l’humanitaire, ou qu’il vous est arrivé de vous renseigner sur la manière de donner plus de sens à vos vacances, il y a de fortes chances pour que vous soyez déjà tombés sur des offres de tourisme solidaire, de volontariat humanitaire ou tout simplement de volontourisme.

En effet, de véritables agences spécialisées dans ce domaine – comme Projects Abroad – ont vu le jour au fil des années et ont développé un véritable business lucratif qui attire chaque année plus d’un million et demi de candidats. Au travers de diverses formules, ces agences vous proposent de partir en chantier ou en mission humanitaire mais à condition que vous acceptiez de payer non seulement les frais relatifs au projet lui-même, mais également vos billets d’avion et les frais de visa. Et tout cela peut s’élever jusqu’à plusieurs milliers d’euros pour quelques semaines de bénévolat humanitaire !

Et c’est tout ce qui vous sera demandé… Pas de question sur votre motivation à participer à un tel projet, sur vos diplômes, vos compétences, ou votre expérience professionnelle… RIEN ! Seule votre bonne volonté et votre capacité à débourser la somme demandée sont requis pour participer à de tels projets. Mais le problème du volontourisme ne s’arrête pas là, puisqu’en réalité il est bien plus important qu’il n’y parait.

LE VOLONTOURISME EST NÉFASTE.

1/ Ce n’est pas de l’humanitaire.

Pour commencer, rappelons que cette forme de volontariat n’est absolument pas de l’humanitaire. Rappelez-vous, dès la première vidéo publiée sur la chaîne, il a été démontré que l’humanitaire est bel et bien un domaine complexe, avec des principes exigeants et qui requière l’implication de personnes spécialement formées à cette fin.

Néanmoins, participer à de telles initiatives contre de l’argent incite de plus en plus de structures et associations crapuleuses à créer de faux orphelinats composés d’enfants séparés de leur famille, comme au Cambodge ou au Népal. Fin 2018, l’Australie est à ce propos devenu le premier pays à interdire le volontourisme à ses ressortissants. La loi adoptée en ce sens déclare en effet que les projets de volontourisme dont fait notamment partie le tourisme dans les orphelinats ne relevent absolument pas de l’humanitaire mais doivent être considéré comme une forme d’esclavage moderne.

2/ On ne paie pas pour être bénévole.

De plus, le fait de devoir payer pour contribuer à une action solidaire est également un autre problème. Payer pour devenir bénévole est en effet une absurdité totale, et sachez que les dispositifs de volontariat encadrés par l’État tels que le Service volontaire européen ou le Volontariat de solidarité international n’exigent nullement de payer pour y participer.

Cela révèle donc que les structures de tourisme humanitaire ne sont ni des associations, ni des organisations à but non-lucratif, mais bel et bien des entreprises dont le but est de réaliser des profits. Leur business exploite ainsi d’une part la pauvreté des communautés qu’ils exhibent, et d’autre part la bonne volonté et le portefeuille des volontouristes, d’autant plus que les sommes demandées sont sans commune mesure avec les niveaux de vie réels constatés sur place.

3/ L’impact est négatif.

Et quoi que ces agences puissent dire pour contredire ces affirmations, l’impact de leur action est négatif et contre-productif. Leurs projets ont une pertinence absolument discutable puisqu’ils ne sont programmés que pour quelques semaines, en accord avec les souhaits du volontaire. L’impact est donc nul, alors que plusieurs mois d’activité sont toujours nécessaires pour observer des améliorations nées du projet mis en œuvre. Sans compter qu’il est également indispensable de réaliser un suivi afin de s’assurer que les objectifs fixés seront bien atteints.

Et puis cette main d’œuvre gratuite perturbe également l’économie locale puisque le volontaire réalise quelque chose – comme des cours d’anglais, des travaux de construction ou des taches agricoles – que les membres de la communauté pourraient accomplir eux-mêmes, tout en étant payés pour cela. Le volontourisme véhicule ainsi l’idée que l’humanitaire consiste à faire les choses à la place des communautés plutôt que de leur fournir les clés et les outils utiles à leur développement économique et social.

Et pire que tout, cette logique sous-entend que même sans formation technique, et uniquement avec de la bonne volonté, le volontaire étranger est toujours plus instruit et capable d’œuvrer efficacement que la personne vivant dans le pays en question.

Autre élément à considérer sérieusement, le fait que les enfants placés au contact des volontaires finissent par irrémédiablement s’attacher à eux, alors que ces derniers s’en vont au bout de quelques semaines. Faire ainsi venir des bénévoles étrangers pour quelques semaines à peine ne peut donc qu’avoir un impact négatif puisque cela contribue à l’instabilité émotionnelle de ces enfants.

4/ Impensable dans les pays du Nord.

Et puis au-delà des problèmes que le tourisme humanitaire provoque, il se pose aussi d’importantes questions, la première d’entre elles étant de se demander si dans les mêmes conditions nous autoriserions de telles pratiques en Europe ou en Amérique du Nord ? Est-il par exemple autorisé de donner des cours d’anglais dans une école, sans avoir de qualification ? Est-il permis de soigner des gens dans un hôpital sans être un véritable médecin ? Même chose pour construire un puit sans avoir été formé à un tel projet d’ingénierie ? La réponse est évidemment négative, alors pourquoi cela serait-il possible dans les pays en développement ?

5/ Gratifiant pour le volontaire uniquement.

Une autre question légitime est de savoir à qui ce genre d’initiative profite-t-elle vraiment ? Pour rappel, l’humanitaire a pour unique but de fournir une assistance de qualité auprès des populations vulnérables afin de participer au rétablissement de leur dignité, tout en restant redevable à leur égard. Dans le cas du tourisme humanitaire, c’est uniquement l’égo du volontaire qui en ressort grandi, de même que son CV ou encore son appareil photo rempli de selfies pris au milieu d’enfants. 

Et ce genre de selfies d’ailleurs, faut-il encore que l’on en parle ? Non parce que si l’on inversait la situation, accepterions-nousqu’une inconnue de Somalie ou qu’un réfugié Rohingya se prennent en photo en compagnie de notre fille ou de notre petit frère ? Et que cette photo soit publiée sur un réseau social et dirigée à l’attention d’une communauté que nous ne connaissons pas, ou que nous ne comprenons pas ? Sur cette question, je vous laisse vous faire votre propre avis…

Mais pour résumer tout ça brièvement, gardez à l’esprit que :

➡️ Si vous devez payer pour participer à une action solidaire : ce n’est pas de l’humanitaire.
➡️ Si l’on ne s’intéresse pas à vos capacités et à vos compétences : ce n’est pas de l’humanitaire.
➡️ Si c’est pour effectuer quelque chose que les communautés locales pourraient réaliser elles-mêmes : ce n’est pas de l’humanitaire.

Et ne jamais oublier non plus que dans les pays en développement où sont proposés ces projets de volontourisme se trouvent des personnes qui ont également la volonté de contribuer efficacement et favorablement au bénéfice de leurs communautés. Que des milliers de jeunes et moins jeunes s’activent d’ores et déjà au développement de leur pays et ce sans avoir à dépendre d’un volontaire bénévole étranger. Mais aussi et surtout que ces pays ne se résument pas ni se définissent selon un niveau de pauvreté plus ou moins élevé.

Mais sans tomber dans les travers du volontourisme, que reste-il donc possible de faire ? Et bien aussi surprenant que ça puisse paraitre, beaucoup d’actions solidaires réalisables dans votre propre pays n’attendent que vous.

LES ALTERNATIVES AU VOLONTOURISME.

Le but de cette vidéo n’est absolument pas de décourager toute personne qui souhaiterait contribuer de près ou de loin à une action solidaire, en prétextant que l’humanitaire est la chasse gardée des professionnels. Non, l’objectif est de démontrer qu’être uniquement animé de bonne volonté n’est pas suffisant, voire même dangereux, et que toute action solidaire ou humanitaire doit être pensée et réfléchie pour être aussi durable que pertinente pour les personnes concernées.

Mais si vous avez la volonté d’aider et de contribuer à des actions solidaires de la manière la plus juste et la plus sensée, diverses possibilités s’offrent à vous :

1/ Devenir donateur.rice.

Le premier moyen et le plus simple d’entre tous est de devenir donatrice/donateur auprès d’une organisation ou d’une association. Sachez à ce propos que vos dons peuvent être affectés selon votre choix. C’est-à-dire que si vous souhaitez que vos dons soient uniquement utilisés au bénéfice des projets mis en œuvre au Yémen et que vous le mentionnez à l’organisation en question, votre choix sera respecté, conformément à la charte de déontologie du Don en Confiance.

2/ Devenir bénévole.

Un autre moyen de contribuer activement et efficacement à des actions de solidarité est celui de devenir bénévole au sein d’une association dans votre ville. En France par exemple, il est possible de rejoindre :

  • La Croix-Rouge, qui est présente dans toutes les grandes villes et met en œuvre tout un panel d’activités solidaires avec l’appui de bénévoles comme pour la distribution d’aide alimentaire, l’assistance auprès des migrants ou encore les maraudes sociales auprès des personnes sans-abris.
  • L’association des Petits Frères des Pauvres, qui récrée du lien auprès des personnes âgées isolées,
  • Les Restos du Cœur qui font appel à de plus en plus de bénévoles pour répondre aux besoins de l’aide alimentaire auprès des plus démunis,
  • De nombreux bénévoles permettent aussi de sensibiliser le public en faveur des projets menées par Action Contre la Faim avec des délégations locales présentes partout en France.
  • Et des organisations humanitaires comme Première Urgence Internationale ou Solidarités International font également appel au soutien de bénévoles, soit pour leurs actions auprès des familles migrantes en France, soit pour la sensibilisation du public lors de grands évènements festifs.

3/ Être un relai d’informations.

Relayer autour de soi les actualités et communiqués de presse des organisations humanitaires est également un moyen simple mais efficace de contribuer à la sensibilisation du public, en particulier lorsqu’il s’agit d’un reportage sur un projet.

4/ Se former ou se reconvertir.

Enfin, il est évidemment possible d’acquérir les compétences nécessaires pour travailler dans l’humanitaire au travers de formations techniques et généralistes, tout comme il est possible de se reconvertir, étant donné que l’expérience professionnelle revêt toujours beaucoup d’intérêt auprès des organisations humanitaires et de solidarité internationale.

5/ Se renseigner sur l’organisation.

Et si malgré toutes ces recommandations vous souhaitez tout de même participer à une action solidaire au travers d’un projet de volontariat, voici les derniers conseils que je peux vous donner :

➡️ Veillez à ce que l’organisme auprès duquel vous souhaitez vous engager est bien une association ou une organisation à but non-lucratif.
➡️ Vérifiez les valeurs prônées par la structure et dans quelle mesure les projets mis en œuvre profitent aux communautés locales.
➡️ Et dans le doute, rapprochez-vous de France Volontaires, qui ne relaie que les offres d’associations responsables et qui respectent l’ensemble des critères éthiques contenus dans la Charte des volontariats.

Voilà donc ce qu’il est important de comprendre et de considérer avant de se lancer dans un projet de volontariat ou de tourisme solidaire susceptible de créer davantage de problèmes que d’en résoudre. Car l’un des principes cardinaux du monde humanitaire est de veiller à ce que toute action ne devienne pas la source de nouveaux problèmes à l’encontre de la population.

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« Urgence », « développement », « assistance », « crise », « ONG »… Le lexique qui se rattache au monde humanitaire est riche, complexe, et cela suscite de nombreuses confusions, surtout à l’égard du public. Et pour cause, l’humanitaire est bel et bien un univers technique et exigeant, qui répond à des principes fondamentaux, non-seulement en raison des contextes d’intervention, mais aussi du fait de l’obligation de transparence et de redevabilité envers les donateurs, le public et surtout les personnes bénéficiant de cette assistance.

Alors l’humanitaire, qu’est-ce que c’est concrètement ? À vrai dire c’est beaucoup de choses… Il s’agit à la fois d’un contexte, de principes, d’une multitude d’acteurs, et pour commencer, une histoire.

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