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L’humanitaire face aux défis du dérèglement climatique

L’humanitaire face aux défis du dérèglement climatique

1/ Dérèglement climatique, à quoi est-ce dû ?

Notre planète est entourée d’une enveloppe gazeuse, que l’on appelle l’atmosphère, et celle-ci a rendu possible la vie sur Terre. L’atmosphère agit effectivement comme un bouclier naturel contre une grande partie des rayons nocifs du soleil, les rayons ultraviolets notamment, mais elle permet aussi de maintenir la planète à une température qui soit favorable au développement de la vie.

En effet, grâce aux gaz naturellement présents dans l’atmosphère comme le dioxyde de carbone (CO2), une partie de l’énergie émise par les rayons du soleil est retenue sur Terre, ce qui contribue à réchauffer la planète. C’est ce que l’on appelle très communément l’effet de serre, et celui-ci permet que la température moyenne sur Terre soit de 15° C. Alors qu’à l’inverse, si ce phénomène naturel n’existait pas, la température maximale sur Terre serait de -19° !

Sauf que depuis la révolution industrielle au XVIIIème siècle, les activités humaines ont massivement reposé sur l’utilisation généralisée de combustibles fossiles comme le pétrole, le charbon ou le gaz naturel par exemple. Le problème, c’est que l’utilisation de ces combustibles contribue également à l’émission d’immenses quantités de CO2, qui aujourd’hui atteint une concentration dans l’atmosphère plus haute qu’il y a 3 millions d’années. Mais en quoi est-ce si problématique s’il s’agit du même gaz qui maintient la planète à une température idéale ?

Et bien parce que s’il y a trop de CO2 dans l’atmosphère, l’énergie des rayons solaires est davantage retenue et cela contribue inévitablement à l’augmentation anormale de la température sur Terre. Et c’est ça, que l’on appelle aujourd’hui le réchauffement climatique. Et c’est au réchauffement climatique que l’on fait également référence lorsque l’on observe des phénomènes météorologiques extrêmes.

2/ L’impact humanitaire du dérèglement climatique.

Ce n’est plus un secret pour personne, le dérèglement climatique est réel et celui-ci contribue à l’augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes. Selon la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ces phénomènes ont progressé de près de 35 % depuis 1990 et ont été responsables de 83 % des catastrophes d’origine naturelles recensées entre 2010 et 2020. Mais l’impact du dérèglement climatique ne se mesure pas qu’avec des indicateurs de fréquence ou d’intensité.

Effectivement, les effets du dérèglement climatique sont tout aussi inquiétants en termes de bilan humain, puisqu’en l’espace de seulement dix ans, 1,8 milliard d’individus soit une personne sur quatre dans le monde, ont subi les effets d’une catastrophe météorologique au travers de la destruction de leur habitation, la perte de moyens d’existence ou l’obligation de se déplacer. Et ce bilan humain est d’autant plus élevé dans les États les plus fragiles, soit parce qu’ils ne disposent que de très faibles capacités de préparation et de réponse à la survenance de catastrophes, soit parce qu’ils sont déjà affectés par une crise humanitaire.

« La superposition des vulnérabilités et l’entrelacement avec d’autres crises humanitaires est l’un des problèmes majeurs posés par le dérèglement climatique. Dans beaucoup de pays, le dérèglement climatique ajoute un autre facteur de risque, ce qui rend les crises plus difficiles à gérer. De plus, le dérèglement climatique n’affecte pas seulement les crises en cours, il peut aussi en créer de nouvelles, provoquer des conflits. Il peut provoquer des déplacements, être à l’origine d’épidémies, créer des problèmes d’insécurité alimentaire. Tous ces facteurs s’entremêlent et le dérèglement climatique s’y rajoute comme une couche additionnelle, rendant la gestion des crises de plus en plus difficile. »

Thuy-Binh Nguyen, Référente technique en réduction des risques de catastrophe pour la Croix-Rouge Française

Ce constat est d’autant plus inquiétant que le GIEC, cet organe international qui regroupe plusieurs scientifiques chargés d’analyser l’évolution du dérèglement climatique, a annoncé dans son tout dernier rapport que les évènements climatiques extrêmes vont non seulement continuer à s’intensifier et voir leur fréquence augmenter, mais qu’ils impacteront également toutes les régions du globe, sans exception.

Sauf que si les phénomènes météorologiques extrêmes touchent de plus en plus les pays du Nord, ça va très vite poser un problème de taille au financement de l’assistance humanitaire internationale, qui dépend majoritairement de la contribution de ces États.

« Si on se projette dans l’avenir pour la question du dérèglement climatique on est face à une explosion des besoins dans les pays fragiles mais aussi dans les économies dites développées, des pays du Nord avec du coup des enjeux de prise en charge des besoins domestiques en même temps qu’il y a une explosion des besoins au niveau international. J’ai peur que petit à petit l’avenir soit une réduction de la solidarité internationale si on n’y prend pas garde. On voit bien qu’il y a des États qui se referment sur leurs enjeux nationaux, beaucoup d’États sont à risque de voir arriver au pouvoir des autorités et des élus qui vont vraiment privilégier « la Corrèze plutôt que le Zambèze » pour des raisons idéologiques. Le rapport annuel du Global Humanitarian Assessment démontre déjà que sur l’année 2020 il y a eu un écart sans précédent entre les besoins et la capacité de financement. Et pour moi, c’est vraiment à l’image de l’avenir. »

Véronique De Geoffroy, Directrice du Groupe Urgence-Réhabilitation-Développement (URD)

Par conséquent, la difficulté qui s’impose aux organisations humanitaires est double. D’un côté elles doivent répondre à des besoins qui ne cessent de croitre chaque année tandis que de l’autre les moyens qu’on leur accorde seront de plus en plus limités. Mais fort heureusement, les programmes d’assistance qu’elles mettent en œuvre comportent déjà des stratégies d’adaptation au dérèglement climatique.

3/ L’action des organisations humanitaires contre le dérèglement climatique.

On l’a vu plus tôt, c’est déjà un quart de la population mondiale qui a vu son mode de vie durablement affecté suite à la survenance d’une ou de plusieurs catastrophes météorologiques de grande ampleur durant les dix dernières années. Et au regard de l’évolution de la crise climatique, il n’est plus suffisant d’envisager l’action humanitaire comme une simple réponse aux situations d’urgence. Chaque intervention doit dorénavant intégrer des mesures de prévention aux effets du dérèglement climatique, et c’est pourquoi aujourd’hui de plus en plus de projets comportent un ou plusieurs volets consacrés à la réduction des risques de catastrophe.

L’objectif de la réduction des risques de catastrophe, qui se dit aussi disaster risk reduction en anglais, c’est de renforcer la résilience des communautés les plus fragiles en leur donnant les moyens de s’adapter aux changements climatiques et leur permettre de mieux se relever dans l’hypothèse où un nouveau désastre venait à se produire. Concrètement, ces mesures d’adaptation sont aussi diverses que variées puisque les risques et les menaces ne sont pas les mêmes d’un contexte à un autre. Il peut donc s’agir de former les associations et les acteurs locaux à la prévention des risques, à mettre en place des plans de contingences ou à instaurer des systèmes d’alerte précoce par exemple. 

Mais le plus simple encore, c’est de s’inspirer de ce qui existe déjà, comme avec les nature-based solutions, c’est-à-dire les solutions fondées sur la nature. Il s’agit en effet d’une stratégie de plus en plus favorisée par les organisations humanitaires puisqu’elle possède de très nombreux avantages, comme nous l’explique Thuy-Binh Nguyen de la Croix-Rouge Française : 

« Beaucoup de personnes qui travaillent dans le domaine de la réduction des risques de catastrophes savent que pour protéger les côtes il vaut mieux planter des mangroves plutôt que construire des digues. C’est très approprié pour les communautés locales, la protection des côtes, la prévention contre les tempêtes, les inondations et l’érosion marine. En termes de d’atténuation du changement climatique, les mangroves absorbent très bien le dioxyde de carbone. Ça l’absorbe même bien mieux qu’une forêt tropicale naturelle. En termes d’adaptation au changement climatique, les mangroves peuvent absorber l’énergie d’une tempête. Une bande de 100 mètres de large de mangrove peut réduire de 90% la puissance des vagues. Mis à part l’adaptation et l’atténuation du changement climatique, les mangroves sont un véritable paradis pour la protection de la biodiversité. Ce sont de véritables frayères pour les poissons. Et d’un point de vue économique, planter des mangroves est deux à trois fois moins couteux que de construire des digues. »

Thuy-Binh Nguyen, Référente technique en réduction des risques de catastrophe pour la Croix-Rouge Française

Et pour que tout ça fonctionne, comme n’importe quel autre projet d’assistance humanitaire, il est primordial d’impliquer les communautés locales dès le début du processus de réflexion de réduction des risques de catastrophe. Les communautés locales disposent effectivement de connaissances relatives à leur environnement que les experts humanitaires ne disposent pas nécessairement et l’échange d’observations de toutes les personnes concernées permet ainsi de garantir la compréhension et l’acceptation des solutions proposées.

Mais l’importance pour les organisations humanitaires de collaborer à 360° ne se limite pas qu’à l’échelle de la communauté, puisqu’elle doit aussi s’étendre aux acteurs du développement comme nous l’explique Véronique de Geoffroy du Groupe URD :

« Il y a quelque chose à faire sur le renforcement des liens avec les acteurs du développement qui peuvent réfléchir bien en amont des crises dans l’anticipation et la préparation, mais avec les acteurs humanitaires. Pendant longtemps les acteurs humanitaires ont pensé que ces enjeux-là étaient tellement des enjeux de longs termes, que nécessairement c’était les acteurs du développement qui étaient en charge de réfléchir à tout ça. Le problème, c’est que les acteurs du développement ne sont pas toujours très aguerris à réfléchir au jour où il y a une crise à qui doit répondre, qui faut-il renforcer en amont de la crise pour préparer la réponse. Et là il y a vraiment des combinaisons à faire entre acteurs humanitaires et du développement parce que c’est ceux qui sont dans la réponse à la crise qui ont plus conscience des enjeux de préparation, mais en général ils ne sont pas sur les terrains avant la crise donc il y a vraiment un enjeu à retisser du lien avec les acteurs du développement. »

Véronique De Geoffroy, Directrice du Groupe Urgence-Réhabilitation-Développement (URD)

Enfin, et parce qu’elles sont les témoins directs de l’impact du dérèglement climatique sur les communautés les plus fragiles, il me semble pertinent de dire que les organisations humanitaires devraient davantage prendre position à ce sujet. Elles disposent en effet d’autant de légitimité que de crédibilité pour non seulement témoigner mais aussi pour dénoncer publiquement l’injustice climatique à laquelle sont exposées les populations les plus vulnérables. D’autant plus que beaucoup de ces communautés n’ont finalement que très peu participé à l’explosion des émissions de gaz à effet de serre.

4/ L’humanitaire, c’est écolo ?

Je sais, c’est paradoxal ! Et pourtant c’est bel et bien le cas, l’action humanitaire est également une source non négligeable d’émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Et il n’est pas bien difficile de comprendre pourquoi, puisque le mode opérationnel de l’aide humanitaire est extrêmement dépendant des énergies fossiles. Je vous explique :

Pour répondre à une urgence, les organisations humanitaires peuvent notamment envoyer des travailleurs internationaux. Sur place, la faiblesse des infrastructures qui fournissent de l’électricité impose très souvent de recourir à l’usage d’un groupe électrogène qui fonctionne à l’essence ou au fioul. Pour se rendre dans les zones d’intervention, il faut également utiliser des véhicules tout terrains qui sont certes très résistants mais aussi gourmand en carburant. Et lorsque les voies d’accès habituelles sont inaccessibles, comme c’est le cas dans certaines régions reculées au Soudan du Sud durant la saison des pluies, il n’y a pas d’autres choix que de faire appel à un avion pour larguer le matériel destiné aux communautés aidées. Mais ce matériel, lui aussi peut avoir une empreinte carbone très lourde, s’il n’a pas été produit dans le pays d’intervention !

Alors certes, l’empreinte environnementale de l’action humanitaire est très largement symbolique si on la compare à l’industrie pétrolière, à celle du bâtiment ou du textile notamment. Mais il n’empêche, l’exemplarité à laquelle s’attache l’humanitaire exige que des efforts soient menés en ce sens, à l’image de l’initiative du Réseau Environnement Humanitaire sous l’égide du Groupe URD : 

« On en entend peut-être peu parler dans la presse publique, mais il y a une vraie prise de conscience depuis un an ou deux de la responsabilité pour les acteurs humanitaires de s’interroger sur leur mode d’action pour la réduction de leur empreinte environnementale. Pas plus tard qu’en fin d’année 2020 lors de la Conférence Nationale Humanitaire Il y a eu une déclaration d’engagement d’un groupe d’ONG humanitaires au niveau français avec des engagements très forts de réduction de 50% des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030. »

Véronique De Geoffroy, Directrice du Groupe Urgence-Réhabilitation-Développement (URD)

À ce jour, dix ONG françaises ont signé cette déclaration d’engagement qui est toujours ouverte à signature aux autres organisations humanitaires qui voudraient s’inscrire dans cette démarche de responsabilité environnementale. Et c’est dans le même esprit que le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a rédigé une charte sur le climat et l’environnement afin d’encourager les acteurs humanitaires à réduire leur empreinte carbone et environnementale.

Et même si la tâche s’annonce lourde et difficile, il reste tout à fait possible de revoir certains aspects du mode opérationnel des organisations humanitaires sans que cela impacte négativement leur capacité d’intervention :

« L’anticipation et la préparation sont essentielles. Par exemple, plutôt que d’envoyer un expatrié depuis Paris vers le Soudan, on peut envoyer une personne provenant d’un pays voisin, on peut renforcer les capacités locales et régionales. Ce serait aussi plus rapide. La localisation de l’aide, des expertises, des ressources, l’anticipation et la préparation peuvent donc permettre d’arriver à un meilleur équilibre entre la nécessité de sauver des vies et celle de ne pas nuire à l’environnement et aux écosystèmes. »

Thuy-Binh Nguyen, Référente technique en réduction des risques de catastrophe pour la Croix-Rouge Française

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