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Comprendre l’humanitaire

S’il vous est venue l’envie de vous engager dans l’humanitaire, ou qu’il vous est arrivé de vous renseigner sur la manière de donner plus de sens à vos vacances, il y a de fortes chances pour que vous soyez déjà tombés sur des offres de tourisme solidaire, de volontariat humanitaire ou tout simplement de volontourisme.

En effet, de véritables agences spécialisées dans ce domaine – comme Projects Abroad – ont vu le jour au fil des années et ont développé un véritable business lucratif qui attire chaque année plus d’un million et demi de candidats. Au travers de diverses formules, ces agences vous proposent de partir en chantier ou en mission humanitaire mais à condition que vous acceptiez de payer non seulement les frais relatifs au projet lui-même, mais également vos billets d’avion et les frais de visa. Et tout cela peut s’élever jusqu’à plusieurs milliers d’euros pour quelques semaines de bénévolat humanitaire !

Et c’est tout ce qui vous sera demandé… Pas de question sur votre motivation à participer à un tel projet, sur vos diplômes, vos compétences, ou votre expérience professionnelle… RIEN ! Seule votre bonne volonté et votre capacité à débourser la somme demandée sont requis pour participer à de tels projets. Mais le problème du volontourisme ne s’arrête pas là, puisqu’en réalité il est bien plus important qu’il n’y parait.

LE VOLONTOURISME EST NÉFASTE.

1/ Ce n’est pas de l’humanitaire.

Pour commencer, rappelons que cette forme de volontariat n’est absolument pas de l’humanitaire. Rappelez-vous, dès la première vidéo publiée sur la chaîne, il a été démontré que l’humanitaire est bel et bien un domaine complexe, avec des principes exigeants et qui requière l’implication de personnes spécialement formées à cette fin.

Néanmoins, participer à de telles initiatives contre de l’argent incite de plus en plus de structures et associations crapuleuses à créer de faux orphelinats composés d’enfants séparés de leur famille, comme au Cambodge ou au Népal. Fin 2018, l’Australie est à ce propos devenu le premier pays à interdire le volontourisme à ses ressortissants. La loi adoptée en ce sens déclare en effet que les projets de volontourisme dont fait notamment partie le tourisme dans les orphelinats ne relevent absolument pas de l’humanitaire mais doivent être considéré comme une forme d’esclavage moderne.

2/ On ne paie pas pour être bénévole.

De plus, le fait de devoir payer pour contribuer à une action solidaire est également un autre problème. Payer pour devenir bénévole est en effet une absurdité totale, et sachez que les dispositifs de volontariat encadrés par l’État tels que le Service volontaire européen ou le Volontariat de solidarité international n’exigent nullement de payer pour y participer.

Cela révèle donc que les structures de tourisme humanitaire ne sont ni des associations, ni des organisations à but non-lucratif, mais bel et bien des entreprises dont le but est de réaliser des profits. Leur business exploite ainsi d’une part la pauvreté des communautés qu’ils exhibent, et d’autre part la bonne volonté et le portefeuille des volontouristes, d’autant plus que les sommes demandées sont sans commune mesure avec les niveaux de vie réels constatés sur place.

3/ L’impact est négatif.

Et quoi que ces agences puissent dire pour contredire ces affirmations, l’impact de leur action est négatif et contre-productif. Leurs projets ont une pertinence absolument discutable puisqu’ils ne sont programmés que pour quelques semaines, en accord avec les souhaits du volontaire. L’impact est donc nul, alors que plusieurs mois d’activité sont toujours nécessaires pour observer des améliorations nées du projet mis en œuvre. Sans compter qu’il est également indispensable de réaliser un suivi afin de s’assurer que les objectifs fixés seront bien atteints.

Et puis cette main d’œuvre gratuite perturbe également l’économie locale puisque le volontaire réalise quelque chose – comme des cours d’anglais, des travaux de construction ou des taches agricoles – que les membres de la communauté pourraient accomplir eux-mêmes, tout en étant payés pour cela. Le volontourisme véhicule ainsi l’idée que l’humanitaire consiste à faire les choses à la place des communautés plutôt que de leur fournir les clés et les outils utiles à leur développement économique et social.

Et pire que tout, cette logique sous-entend que même sans formation technique, et uniquement avec de la bonne volonté, le volontaire étranger est toujours plus instruit et capable d’œuvrer efficacement que la personne vivant dans le pays en question.

Autre élément à considérer sérieusement, le fait que les enfants placés au contact des volontaires finissent par irrémédiablement s’attacher à eux, alors que ces derniers s’en vont au bout de quelques semaines. Faire ainsi venir des bénévoles étrangers pour quelques semaines à peine ne peut donc qu’avoir un impact négatif puisque cela contribue à l’instabilité émotionnelle de ces enfants.

4/ Impensable dans les pays du Nord.

Et puis au-delà des problèmes que le tourisme humanitaire provoque, il se pose aussi d’importantes questions, la première d’entre elles étant de se demander si dans les mêmes conditions nous autoriserions de telles pratiques en Europe ou en Amérique du Nord ? Est-il par exemple autorisé de donner des cours d’anglais dans une école, sans avoir de qualification ? Est-il permis de soigner des gens dans un hôpital sans être un véritable médecin ? Même chose pour construire un puit sans avoir été formé à un tel projet d’ingénierie ? La réponse est évidemment négative, alors pourquoi cela serait-il possible dans les pays en développement ?

5/ Gratifiant pour le volontaire uniquement.

Une autre question légitime est de savoir à qui ce genre d’initiative profite-t-elle vraiment ? Pour rappel, l’humanitaire a pour unique but de fournir une assistance de qualité auprès des populations vulnérables afin de participer au rétablissement de leur dignité, tout en restant redevable à leur égard. Dans le cas du tourisme humanitaire, c’est uniquement l’égo du volontaire qui en ressort grandi, de même que son CV ou encore son appareil photo rempli de selfies pris au milieu d’enfants. 

Et ce genre de selfies d’ailleurs, faut-il encore que l’on en parle ? Non parce que si l’on inversait la situation, accepterions-nousqu’une inconnue de Somalie ou qu’un réfugié Rohingya se prennent en photo en compagnie de notre fille ou de notre petit frère ? Et que cette photo soit publiée sur un réseau social et dirigée à l’attention d’une communauté que nous ne connaissons pas, ou que nous ne comprenons pas ? Sur cette question, je vous laisse vous faire votre propre avis…

Mais pour résumer tout ça brièvement, gardez à l’esprit que :

➡️ Si vous devez payer pour participer à une action solidaire : ce n’est pas de l’humanitaire.
➡️ Si l’on ne s’intéresse pas à vos capacités et à vos compétences : ce n’est pas de l’humanitaire.
➡️ Si c’est pour effectuer quelque chose que les communautés locales pourraient réaliser elles-mêmes : ce n’est pas de l’humanitaire.

Et ne jamais oublier non plus que dans les pays en développement où sont proposés ces projets de volontourisme se trouvent des personnes qui ont également la volonté de contribuer efficacement et favorablement au bénéfice de leurs communautés. Que des milliers de jeunes et moins jeunes s’activent d’ores et déjà au développement de leur pays et ce sans avoir à dépendre d’un volontaire bénévole étranger. Mais aussi et surtout que ces pays ne se résument pas ni se définissent selon un niveau de pauvreté plus ou moins élevé.

Mais sans tomber dans les travers du volontourisme, que reste-il donc possible de faire ? Et bien aussi surprenant que ça puisse paraitre, beaucoup d’actions solidaires réalisables dans votre propre pays n’attendent que vous.

LES ALTERNATIVES AU VOLONTOURISME.

Le but de cette vidéo n’est absolument pas de décourager toute personne qui souhaiterait contribuer de près ou de loin à une action solidaire, en prétextant que l’humanitaire est la chasse gardée des professionnels. Non, l’objectif est de démontrer qu’être uniquement animé de bonne volonté n’est pas suffisant, voire même dangereux, et que toute action solidaire ou humanitaire doit être pensée et réfléchie pour être aussi durable que pertinente pour les personnes concernées.

Mais si vous avez la volonté d’aider et de contribuer à des actions solidaires de la manière la plus juste et la plus sensée, diverses possibilités s’offrent à vous :

1/ Devenir donateur.rice.

Le premier moyen et le plus simple d’entre tous est de devenir donatrice/donateur auprès d’une organisation ou d’une association. Sachez à ce propos que vos dons peuvent être affectés selon votre choix. C’est-à-dire que si vous souhaitez que vos dons soient uniquement utilisés au bénéfice des projets mis en œuvre au Yémen et que vous le mentionnez à l’organisation en question, votre choix sera respecté, conformément à la charte de déontologie du Don en Confiance.

2/ Devenir bénévole.

Un autre moyen de contribuer activement et efficacement à des actions de solidarité est celui de devenir bénévole au sein d’une association dans votre ville. En France par exemple, il est possible de rejoindre :

  • La Croix-Rouge, qui est présente dans toutes les grandes villes et met en œuvre tout un panel d’activités solidaires avec l’appui de bénévoles comme pour la distribution d’aide alimentaire, l’assistance auprès des migrants ou encore les maraudes sociales auprès des personnes sans-abris.
  • L’association des Petits Frères des Pauvres, qui récrée du lien auprès des personnes âgées isolées,
  • Les Restos du Cœur qui font appel à de plus en plus de bénévoles pour répondre aux besoins de l’aide alimentaire auprès des plus démunis,
  • De nombreux bénévoles permettent aussi de sensibiliser le public en faveur des projets menées par Action Contre la Faim avec des délégations locales présentes partout en France.
  • Et des organisations humanitaires comme Première Urgence Internationale ou Solidarités International font également appel au soutien de bénévoles, soit pour leurs actions auprès des familles migrantes en France, soit pour la sensibilisation du public lors de grands évènements festifs.

3/ Être un relai d’informations.

Relayer autour de soi les actualités et communiqués de presse des organisations humanitaires est également un moyen simple mais efficace de contribuer à la sensibilisation du public, en particulier lorsqu’il s’agit d’un reportage sur un projet.

4/ Se former ou se reconvertir.

Enfin, il est évidemment possible d’acquérir les compétences nécessaires pour travailler dans l’humanitaire au travers de formations techniques et généralistes, tout comme il est possible de se reconvertir, étant donné que l’expérience professionnelle revêt toujours beaucoup d’intérêt auprès des organisations humanitaires et de solidarité internationale.

5/ Se renseigner sur l’organisation.

Et si malgré toutes ces recommandations vous souhaitez tout de même participer à une action solidaire au travers d’un projet de volontariat, voici les derniers conseils que je peux vous donner :

➡️ Veillez à ce que l’organisme auprès duquel vous souhaitez vous engager est bien une association ou une organisation à but non-lucratif.
➡️ Vérifiez les valeurs prônées par la structure et dans quelle mesure les projets mis en œuvre profitent aux communautés locales.
➡️ Et dans le doute, rapprochez-vous de France Volontaires, qui ne relaie que les offres d’associations responsables et qui respectent l’ensemble des critères éthiques contenus dans la Charte des volontariats.

Voilà donc ce qu’il est important de comprendre et de considérer avant de se lancer dans un projet de volontariat ou de tourisme solidaire susceptible de créer davantage de problèmes que d’en résoudre. Car l’un des principes cardinaux du monde humanitaire est de veiller à ce que toute action ne devienne pas la source de nouveaux problèmes à l’encontre de la population.

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L’année 2019 commence avec un triste constat. Celui de besoins humanitaires toujours plus importants et d’un nombre de personnes en situation de vulnérabilité extrême encore plus élevé que les années précédentes. Et ce n’est pas le nouveau budget tout juste adopté par le département dédié à l’aide humanitaire de l’Union Européenne (ECHO) qui démentira cette affirmation. Avec un montant record de 1,6 milliards d’euros pour 2019, cela démontre que les besoins et les enjeux humanitaires dans le monde ne cessent d’augmenter année après année.

Mais sur la vingtaine de crises humanitaires majeures qu’il est actuellement possible de recenser dans le monde, lesquelles sont les plus urgentes, les plus critiques ? Découvrons ensemble quelles sont les cinq plus importantes, ce qui caractérise ces crises et quels projets sont mis en œuvre par les organisations humanitaires sur place.

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« Urgence », « développement », « assistance », « crise », « ONG »… Le lexique qui se rattache au monde humanitaire est riche, complexe, et cela suscite de nombreuses confusions, surtout à l’égard du public. Et pour cause, l’humanitaire est bel et bien un univers technique et exigeant, qui répond à des principes fondamentaux, non-seulement en raison des contextes d’intervention, mais aussi du fait de l’obligation de transparence et de redevabilité envers les donateurs, le public et surtout les personnes bénéficiant de cette assistance.

Alors l’humanitaire, qu’est-ce que c’est concrètement ? À vrai dire c’est beaucoup de choses… Il s’agit à la fois d’un contexte, de principes, d’une multitude d’acteurs, et pour commencer, une histoire.

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Précision introductive : Cet article n’a pas vocation à critiquer les personnes nommément citées, mais les méthodes de communication qu’elles utilisent et l’image erronée de la sphère humanitaire qu’elles en donnent consécutivement. La précision est importante, il ne s’agit pas de juger la bonne volonté et la sincérité de ces personnes. Cet article n’est donc pas le fruit d’un hater, d’un rageux ou d’un jaloux. Le domaine humanitaire n’est pas un terrain de compétition, mais il répond toutefois à des exigences, des principes et une éthique dont il convient de s’attacher à tout moment. Groupies et fanboys, respirez donc un bon coup, puisqu’il s’agit ici d’analyser les doutes suscités et les erreurs que représentent ces actions actuellement mises en avant, et ce sans animosité aucune. Cela étant dit, bonne lecture !


Depuis le 15 mars 2017, l’influenceur/créateur web Jérôme Jarre secoue la sphère d’internet afin de sensibiliser son public – mais pas seulement – à la réalité de certaines crises humanitaires qui secouent actuellement le monde. D’abord au profit de la crise alimentaire en Somalie puis du terrible séisme qui a secoué le Mexique, le rouleau médiatique de Jérôme Jarre s’est depuis quelques jours tourné sur la cause des Rohingya au Bangladesh. S’il est évidemment remarquable de voir une personne disposant d’une telle audience – plusieurs millions d’abonnés sur les différents réseaux sociaux – récolter autant d’attention mais également de fonds, il est pourtant difficile, lorsque l’on est soi-même un professionnel humanitaire, de refreiner un certain malaise.

En effet, le procédé de communication utilisé par Jérôme Jarre et sa Love Army est tel qu’il véhicule une image erronée de l’action humanitaire. Non seulement cela nuit à l’action des organisations humanitaires déjà présentes en occultant le travail qu’elles mettent d’ores et déjà en œuvre, mais cela transmet également un message erroné sur la dimension professionnelle du monde humanitaire. Par ailleurs, le mode de fonctionnement et de financement des outils sur lesquels les influenceurs web s’appuient fait également submerger des craintes quant à la possible utilisation de l’audience engrangée à des fins plus lucratives dans le futur. Explications.

NON, N’IMPORTE QUI NE PEUT PAS FAIRE DE L’HUMANITAIRE.

Pour commencer, soyons tout de suite clairs. Non, n’importe qui ne peut pas faire de l’humanitaire (Comme cela avait déjà été rappelé ici, Ambassadeurs humanitaires : Bling-bling mais tout de même indispensable ?). Pourtant, l’action de la Love Army et sa méthode de communication laissent supposer que n’importe qui, pour peu que cette personne soit dotée de bonne volonté, est apte à œuvrer dans l’humanitaire. Au risque d’en décevoir beaucoup, le domaine humanitaire, comme n’importe quel autre corps de métier, exige l’implication de professionnels. Rassembler plusieurs millions d’euros/dollars en quelques jours est certes aussi impressionnant que respectable – tant au niveau de l’audience de l’influenceur que de la réceptivité de son public – mais cela occulte totalement la réalité d’une intervention humanitaire.

En effet, pour mettre en œuvre une réponse d’urgence, il ne s’agit pas seulement de rassembler des fonds. Il est nécessaire d’évaluer, de connaître les besoins, d’identifier les personnes nécessitant une assistance et les caractéristiques de leur foyer. Parallèlement, il est primordial de connaître les risques, et d’établir à ce titre un examen de la situation sécuritaire. Il est obligatoire, si ce n’est primordial, d’entrer en contact avec les autorités nationales, locales et autres leaders communautaires afin d’expliquer l’objectif de sa présence, mais aussi et surtout d’obtenir l’autorisation de mettre en œuvre l’intervention souhaitée – on n’entre pas dans un pays comme dans un moulin, même pour une action humanitaire.

Il faut recruter les équipes sur place qui seront au cœur de la mise en œuvre de l’intervention. L’utilisation des fonds doit être suivie chaque jour, la logistique être opérationnelle sept jours sur sept, des rapports doivent rédigés à l’attention des interlocuteurs impliqués ou ne serait-ce que concernés de près ou de loin à cette action. Il faut gérer, suivre, évaluer cette mise en œuvre afin de s’assurer que les standards humanitaires – SPHERE – sont respectés. Avant, pendant, après. Évaluer l’impact de l’intervention, qu’il soit positif, mais également négatif si cela a lieu d’être et le cas échéant, analyser ce qui a pu compromettre l’un des principes humanitaires clés – le do no harm. Envisager une stratégie de sortie mais aussi de passation avec des acteurs humanitaires locaux – car les acteurs humanitaires internationaux n’ont en soi pas vocation à rester ad vitam aeternam sur ces lieux d’opération ni de les quitter du jour au lendemain sans plan de sortie – puisque la priorité doit être donnée, autant que faire se peut, à l’échelle locale et nationale.

Pour toutes ces raisons non-exhaustives et qui pourtant du point de vue d’un professionnel ne sont que la pointe visible de l’iceberg, le domaine humanitaire nécessite l’implication de gens formés. Résumer une intervention humanitaire à une histoire d’argent et de bonne volonté contribue à inciter quiconque à créer son Arche de Zoé, parce que ce qui compte avant tout « c’est d’avoir l’intention de bien faire ».


L’affaire de l’Arche de Zoé de 2007 concerne l’escroquerie visant à exfiltrer vers la France et de manière illégale 103 enfants présentés comme des orphelins en provenance du Darfour. En vérité, les enfants en question étaient pour la plupart tchadiens et n’étaient pas orphelins. Arrêtés par les autorités tchadiennes, les responsables de l’association ont été condamnés en appel à deux ans de prison avec sursis par la justice française. Cette affaire demeure encore aujourd’hui un souvenir douloureux dans le milieu humanitaire en raison de la suspicion du public qui persiste toujours à l’encontre des ONG et du scandale que cela avait suscité au niveau diplomatique.


L’HUMANITAIRE NE FAIT PAS DE PLACE AU NARCISSISME.

L’autre problématique que soulèvent ces actions et le message qu’elles véhiculent repose sur le fait qu’elles n’informent pas correctement la génération des 15-25 ans, pour qui la clé du succès repose sur la capacité à devenir aussi populaire que possible. Cette génération de « wannabe famous » rêve de reproduire le schéma de ceux qui ont réussi au travers de Snapchat, Youtube ou Instagram. À cette fin, toutes les mises en scène possibles sont autorisées dans l’objectif de déclencher un « good buzz ». L’action de la Love Army et de Jérôme Jarre aux avant-postes présente ainsi le risque de rencontrer de manière croissante telle ou telle action de solidarité dans l’optique d’élargir son audience.

Autrement dit, il est malheureusement possible de craindre de voir durant ces prochains mois de plus en plus de « wannabe famous » se mettre en scène dans des contextes de volontourisme, afin de surfer sur la vague médiatique de la Love Army. Ce procédé, qui tient d’avantage du tourisme que du volontariat humanitaire repose sur des structures pseudo-humanitaires ou de solidarité basées dans des pays en développement. Leur fonds de commerce est de recruter pour des périodes de sept, quinze, trente jours, des jeunes – généralement occidentaux – sans expérience mais armés de leur bonne volonté et de leur portefeuille – car il est nécessaire pour eux de s’acquiter de l’intégralité des frais, qu’il s’agisse du billet d’avion, du droit de participation ou encore des frais sur place. Le volontouriste est alors invité à donner des cours basiques de français ou de participer dans la limite de ses capacités à la construction d’une habitation. Dans tous les cas, « recruter » pour une très brève période de temps des personnes sans qualification pour ce qu’il leur est demandé de faire n’a évidemment aucun impact concret et durable envers les communautés concernées, ce qui peut même se révéler négatif. À l’inverse, le volontouriste peut s’enorgueillir d’avoir participé de son point de vue à une action charitable, d’avoir fait de « l’humanitaire facile » et utiliser cela afin de s’auto-promouvoir à l’aide de photos et vidéos largement diffusés sur les réseaux sociaux.

La médiatisation et l’engouement tels qu’ils existent actuellement pour la Love Army, et la communication qui en est faite notamment avec ses nombreux selfies donne ainsi toutes les clés utiles aux « wannabe famous » pour faire de l’humanitaire un simple outil de communication et de ratissage d’audience. Le monde humanitaire ne laisse pourtant aucune place au narcissisme – au contraire, il est davantage l’expression de l’altruisme – et dès lors pour ne citer que ça, il devient très vite embarrassant de voir se multiplier les selfies de tels et tels influenceurs toujours centrés au milieu de la photo et entourés d’enfants.


Cette réflexion soulève d’ailleurs une autre question, sur le fait de publier sur les réseaux sociaux des photos d’enfants. Inversons la situation pour mieux y réfléchir : accepterions-nous qu’un inconnu de Somalie ou qu’un réfugié Rohingya se prennent en photo en compagnie de notre fils, de notre petite sœur ou de nos neveux et nièces ? Que cette photo soit publiée sur un réseau social et dirigée à l’attention d’une communauté que nous ne connaissons pas, que nous ne comprenons pas ? L’altruisme, c’est aussi savoir se mettre à la place de l’autre dans chacune des actions que l’on entreprend.


INFLUENCEURS WEB ET HUMANITAIRE : DE POSSIBLES LIAISONS DANGEREUSES.

Au travers des actions « Love Army for Somalia » et « Love Army for Rohingya », il est expliqué que les influenceurs concernés utilisent leur image et leur capacité de diffusion à titre totalement altruiste afin de sensibiliser le public et les représentants politiques sur ces deux crises humanitaires. Cela est totalement remarquable et le fait de détenir une base d’abonnés qui se comptait déjà à plusieurs millions sur tous les réseaux sociaux cumulés est un avantage indéniable. Dans le même temps, au travers de la médiatisation qu’elles suscitent, ces actions contribuent indubitablement à ce que soient engrangés de nouveaux abonnés et permettent ainsi d’élargir davantage encore l’audience dont ces influenceurs disposent, afin, à court terme, de poursuivre la sensibilisation entamée sur les crises en question.

À plus long terme toutefois, le risque est que cette masse d’abonnés acquise soit utilisée à d’autres fins. Ces personnes qui se sont lancées sur Vine, Snapchat, Youtube et autres ne continuent pas de créer du contenu uniquement à des fins de divertissement. C’est un secret de Polichinelle bien gardé et qui pour autant ne représente aucune honte, mais le contenu qu’ils partagent sur ces outils sociaux permet bien de dégager des revenus, variables selon le nombre de vues réalisées dans le cas de Youtube par exemple. Cela était le cas avant qu’ils en viennent à parler de la crise en Somalie, et ce sera le cas encore après que la médiatisation de la crise qui touche les Rohingya soit achevée.


Précision supplémentaire : J’insiste bien sur le fait que je n’ai aucune rancœur ni aigreur quant au fait de gagner sa vie via un média social ou autre. Je fais moi-même partie de cette génération qui a grandi en parallèle avec la démocratisation d’internet et de tous les outils qui lui sont liés. Je suis également abonné à des chaines Youtube et j’enrage lorsque je vois un présentateur de télévision, influenceur à sa manière, ridiculiser un youtubeur français sous prétexte qu’il ne comprend pas que le monde avance plus vite que lui.


Le problème est que par nature, de par leur métier, ces personnes puissent de nouveau utiliser leur audience à des fins publicitaires, à moyen et plus long termes. Une audience qui aura notamment crûe au travers de la médiatisation de leur investissement humanitaire. À l’inverse, à titre de comparaison, la communication d’une ONG n’est et ne sera jamais détournée dans une optique lucrative à court, moyen ou long terme. Leur mandat et l’éthique auxquels elles se rattachent le leur interdit. Autrement dit, à titre d’exemple, elles ne feront jamais un placement de produit. Une nouvelle fois, il n’est pas question de compétition, ni en tant que professionnel humanitaire de prêcher bêtement pour ma paroisse. L’idée est bien de rappeler que le monde humanitaire répond à des principes clés qui dans le cas de l’exemple cité plus haut, sont mis à rude épreuve.

DES SOUS-ENTENDUS QUI PASSENT [TRÈS] MAL.

L’une des plus grosses erreurs dans la communication de la Love Army est d’avoir affirmé qu’elle s’inscrivait en substitution totale des journalistes et médias de presse. En effet, les messages partagés sur les réseaux sociaux affirment clairement que les médias occultent les crises qu’ils tentent de mettre en lumière.

S’il est bien possible de reprocher aux médias leur rôle dans la variabilité de la médiatisation des crises humanitaires (j’avais déjà eu l’occasion de l’aborder quelques années auparavant, « Fin de la famine » en Somalie: Quelles réalités derrière l’annonce ?), il est malhonnête de prétendre que les médias sont entièrement responsables de cet état de fait. En effet, ils doivent aussi et surtout répondre aux intérêts de leurs lecteurs, et à ce titre, il est de notoriété publique que la survenance d’une crise humanitaire et les drames voire les atrocités qu’elles contiennent n’intéressent que très peu le public, ou alors encore faut-il qu’elles ne soient pas ressassées de façon trop régulière. De plus, cela fait également partie du quotidien des travailleurs humanitaires puisque, tous autant que nous sommes, observons tous les jours qu’il est difficile de parler avec nos proches de ce que nous faisons en détail et de manière approfondie. C’est toujours compliqué, parfois décevant, mais nous apprenons à faire avec et continuons malgré tout d’agir sans relâche sur le terrain. Il en va de même avec les médias, c’est toujours compliqué, c’est très souvent décevant, mais eux-aussi doivent faire face à un public versatile et trop souvent superficiel.

Il est également regrettable d’observer que les blâmes adressés aux organismes de presse soient réalisés dans le seul but tirer la couverture vers soi. En effet, les ONG ont depuis longtemps compris le problème lié à la faible médiatisation des crises humanitaires au travers de la presse. C’est la raison pour laquelle chacune d’entre elles dispose d’un pôle communication afin de se passer du relai journalistique et d’informer toute personne intéressée sur les crises dans lesquelles elles mettent en œuvre des projets d’assistance. Les organisations humanitaires sont à ce titre présentes sur la plupart des réseaux sociaux, publient très régulièrement du contenu d’information et il aurait été tout aussi bénéfique envers ces crises d’en faire la mention.

Par ailleurs, il est dommage que cette médiatisation se fasse au bénéfice de la Love Army seulement, mais aussi et surtout, que celle-ci préfère très largement faire cavalier seul quitte à sous-entendre en substance qu’ils sont les seuls à actuellement réaliser quelque chose de concret. Pourtant, il convient de rappeler que non seulement de très nombreuses ONG internationales et nationales sont présentes actuellement au Bangladesh et plus exactement à Cox’s Bazar (consulter à ce propos le dernier 4W – Who does What, Where, When – qui établit la liste de tous les acteurs humanitaires actuellement présents ), mais aussi et surtout qu’elles sont toutes en coordination les unes avec les autres, afin d’apporter une réponse adéquate et coordonnée aux besoins urgents des personnes réfugiées dans cette zone.


Depuis 2005 est mise en œuvre « l’approche cluster » dans tous les contextes humanitaires. Créée dans le sillage de la réforme du système des Nations Unies dans la sphère humanitaire, cette approche établit une meilleure coordination entre les différents acteurs humanitaires sur la base d’une classification sectorielle (sécurité alimentaire, eau et assainissement, habitat, santé…). Organisés au niveau national et régional, ces clusters sont devenus un cadre privilégié pour faciliter la coordination des organisations, éviter tout « overlapping » – c’est-à-dire que deux organisations différentes ne mettent pas en œuvre le même type de projet pour le même groupe de personnes –, partager des informations et dans tous les cas, apporter une réponse rapide et efficace aux besoins identifiés.


Le dernier tweet publié par Médecins du Monde confirme tristement l’absence de communication et de coordination de la Love Army avec les organisations humanitaires déjà présentes sur place.

Il a également été particulièrement agaçant, dans le cadre de l’action en Somalie, de prétendre que la situation sécuritaire dans le pays est bien meilleure que ce que l’on peut lire partout. Au mieux il s’agit d’une maladresse, au pire d’un mensonge éhonté.

Affirmer que dans un tel pays en conflit depuis une vingtaine d’années la situation sécuritaire est optimale et sous-entendre que seule la Love Army a osé mettre en œuvre une telle intervention, ce n’est ni plus ni moins qu’adresser un bras d’honneur à tous les travailleurs humanitaires – dont une immense majorité sont des travailleurs nationaux – qui ont perdu la vie pour pouvoir apporter assistance aux plus vulnérables. C’est cracher au visage de ceux qui chaque jour – en Somalie notamment – prennent des risques dans l’exercice de leur métier mais n’en ressortent pas toujours indemne.

C’est d’autant plus gênant de voir ce genre de sous-entendu lorsque l’on dispose soi-même d’une protection présidentielle. Sur le volet indépendance et neutralité de l’action humanitaire, on repassera.


Non, une intervention humanitaire ne peut et ne pourra jamais se résumer à un « very good trip » entre amis au pays des plus vulnérables. L’humanitaire reste un métier dangereux, qui fait notamment partie de ceux comportant le plus de décès chaque année, au même titre que les journalistes. Considérer qu’il est facile d’entrer dans un pays pour réaliser une intervention humanitaire, c’est oublier qu’il s’agit d’un milieu exigeant et qui nécessite autant que tout autre, l’implication de professionnels.

DES CONFUSIONS QUI MÉRITERONT DE VÉRITABLES ÉCLAIRCISSEMENTS.

Pour terminer, il convient d’analyser ce qui à plusieurs reprises a été rappelé par la Love Army dans le cadre de son action, à savoir que 100% des fonds obtenus au travers des collectes seront reversés aux personnes nécessitant une assistance. Cela soulève une nouvelle fois plusieurs questions, d’abord sur la communication confuse à ce sujet, ensuite sur la réalité pratique de cette affirmation.

Jérôme Jarre l’avait indiqué en défense d’une critique adressée par divers médias journalistiques, que l’intégralité des fonds étaient reversés aux bénéficiaires, pour la simple et bonne raison qu’il faisait cela à titre bénévole, que personne n’était employé et qu’aucun intermédiaire ne percevait quoi que ce soit.

Il a pourtant été indiqué dans ce thread de plusieurs dizaines de tweets, que l’action de la Love Army en Somalie était réalisée en coopération avec l’organisation American Refugee Committee (ARC), ce qui contredit consécutivement l’affirmation selon laquelle son intervention était totalement autonome.

La présence d’une organisation intermédiaire sera d’ailleurs confirmée au sein même de ce thread quelque peu confus.

Il n’est évidemment pas question ici de critiquer la confusion voire les contradictions de la communication comme ainsi soulignée. Non, le problème est de prétendre faire quelque chose d’absolument irréalisable en soi. Soyons clairs, il est impossible de demander aux chauffeurs des water-trucks, aux personnes déchargeant les camions remplis de vivres, aux officiers de distributions alimentaires – pour ne citer qu’eux – de travailler bénévolement. Si cela est tout à fait louable de la part de Jérôme Jarre et de ses comparses d’exiger qu’aucun d’entre eux ne perçoivent le moindre centime des fonds récoltés, il est en revanche impossible pour ne pas dire indigne de demander aux travailleurs cités précédemment de contribuer bénévolement à cette action. Apporter une réponse d’urgence adaptée, cela passe aussi par une contribution à l’économie par l’emploi de travailleurs locaux.

C’est la précision je souhaite apporter ici, car il s’agit d’être honnête et transparent sur le monde humanitaire. La réalité de ce monde comporte nécessairement des frais qui ne seront pas exclusivement attribués au financement de denrées alimentaires, à la distribution d’eau potable ou de produits d’hygiène. Il existe par exemple constamment des frais liés au transport du matériel distribué, mais aussi au stockage. En effet, on ne distribue pas plusieurs dizaines de tonnes de nourriture sans-cesse en « one-shot one day » (achat sur le marché → transport → distribution en un seul jour) et cela n’a rien de honteux.

Cela demande une logistique matérielle d’une part, mais également humaine. Alors que les interventions humanitaires s’étalent sur plusieurs mois voire plusieurs années, comment exiger que toute personne impliquée dans sa mise en œuvre reste bénévole ? Dans certains lieux d’intervention, les ONGs sont parfois même les principaux recruteurs, et permettent de redynamiser ainsi l’économie locale et nationale. À ce titre, les budgets de chaque mission le démontrent, le plus gros poste de dépense est rattaché au paiement des salaires, et ceux des travailleurs nationaux constituent une part très largement supérieure à ceux des employés internationaux. Il serait donc erroné de croire que les salaires reversés aux travailleurs internationaux plombent le budget des interventions humanitaires.

La transparence promise par Jérôme Jarre à la fin de ces interventions permettra donc de mieux comprendre, et si besoin, d’apporter des précisions sur la réalité pratique de la mise en œuvre économique des interventions de la Love Army. Je le répète, il n’est pas question de mettre en doute l’honnêteté et la sincérité des personnes impliquées dans ce mouvement mais d’exiger au contraire qu’elles le soient de bout en bout envers leur public…et les bénéficiaires de leur action.

Il ne reste donc qu’à espérer que les doutes ici soulevés puissent rapidement être balayés et que les erreurs déjà relevées soient corrigées comme il se doit. Il en va de l’intérêt d’un milieu déjà trop régulièrement mis en doute par le public – bien souvent à tort – au détriment des populations les plus vulnérables à une période où l’assistance humanitaire demeure indispensable.

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Utilisées pour la première fois lors de l’Opération Lifeline au Soudan dès 1989 pour permettre la distribution de plus de 1,5 tonnes de nourriture par les airs, les opérations de largage humanitaire ont toujours cours au Sud Soudan, touché depuis décembre 2013 par des affrontements armés qui ont provoqué le déplacement de plus de quatre millions personnes selon les Nations Unies. Aussi spectaculaires que rares, ces opérations de largage sont toutefois très strictement encadrées afin que ne soit pas largué n’importe quoi, n’importe où, n’importe comment.

QUAND ?

Un IL-76 du Programme Alimentaire Mondial. Photo: WFP/Stephanie Savariaud

Tout largage humanitaire n’intervient qu’en situation d’urgence critique, lorsqu’il est nécessaire d’intervenir très rapidement pour mettre fin à un problème de disponibilité de denrées alimentaires qui s’étend sur le long terme. Si la situation de famine est en revanche dûe à un problème d’accessibilité économique, c’est-à-dire si les aliments sont disponibles sur les marchés locaux mais que les populations n’ont pas les moyens économiques de se les procurer, il convient plutôt de favoriser la distribution de cash ou de coupons afin que l’intervention humanitaire n’introduise pas des produits qui nuiraient à l’économie locale. Il est en effet important d’anticiper sur le moyen et le long terme l’impact de l’assistance alimentaire, en veillant donc à assurer la sécurité alimentaire mais également économique des personnes.

POURQUOI ?

Ces largages ne peuvent être entrepris qu’en dernier recours, lorsqu’il est absolument impossible que l’aide humanitaire atteigne les bénéficiaires par les voies d’accès habituellement utilisées, telles que les routes. En pratique, il peut par exemple s’agir d’une voie d’accès qui ne peut être utilisée pour des raisons de sécurité, en raison de la conduite d’hostilités qui mettraient en danger la poursuite de l’acheminement ou si le personnel humanitaire fait l’objet d’attaques de la part des belligérants.


Précision : le droit international humanitaire proscrit les attaques à l’encontre de l’aide humanitaire (1) tout en accordant le droit de libre passage aux organisations humanitaires chargées d’apporter assistance aux populations civiles (2)).


La procédure de largage peut également être retenue en raison de contraintes géographiques, comme la présence de routes impraticables, d’inondation ou si la population se situe dans des zones enclavées qui empêchent l’accès de l’aide humanitaire.

PAR QUI ?

Comme pour le Soudan du Sud, c’est le Programme Alimentaire Mondial qui réalise l’essentiel des largages, ainsi que le Comité International de la Croix-Rouge. Il arrive toutefois que ces largages soient réalisés par les troupes militaires, comme cela a notamment été le cas en Afghanistan avec l’armée des États-Unis, avec les critiques que cela engendre, en terme de neutralité et d’impartialité de l’assistance humanitaire.

COMMENT ?

Photo: WFP/Ilya Osenenko

Le Programme Alimentaire Mondial a recours à trois types d’avions cargo, à savoir l’AN-12, le C-130 ou l’IL-76 qui comme son nom l’indique, peut transporter jusqu’à 76 tonnes de matériel.

Concernant le type de produits largués, il ne peut s’agir que de produits alimentaires. Il est en effet hors de question de procéder au largage de produits non-alimentaires (NFI dans le jargon humanitaire pour Non-Food Items) ou sanitaires tel que du matériel pour la construction de puits ou de latrines et pour lesquels le risque de casse lors du choc au sol est bien trop élevé. S’agissant du type produits alimentaires ainsi distribué par voie aérienne, il ne peut s’agir que d’aliments en poudre, de céréales ou de légumes à gousse.

Ces aliments sont conditionnés par sacs de 50kg, avant d’être mis successivement dans trois autres sacs d’une capacité de 80 à 90kg dans le but d’offrir une résistance suffisante au choc lors la chute au sol. De cette manière, si le premier sac vient à rompre à son arrivée, les trois autres sacs permettent d’empêcher que le contenu ne se déverse sur le sol.

Avant-même de réaliser ce largage, il convient d’identifier précisément une zone de largage (ou drop zone) sécurisée, qui doit être une surface plane en terre, avec du sable ou de l’herbe et sans obstacles, pour veiller à ce que les sacs ne soient pas endommagés à leur arrivée au sol. De plus, dans le but de faciliter les manœuvres de l’avion, il est également nécessaire qu’aucun bâtiment ou habitation ne se trouve à proximité. Par ailleurs, ce n’est pas seulement le périmètre proprement réservé au largage qui doit être dégagé de tout obstacle, mais également la zone située après celui-ci sur une distance de 1 500 mètres environ afin de prévenir les effets dramatiques qui seraient dus à un largage tardif ou à un problème technique de l’avion.

Photo: WFP/George Fominyen

Durant toute la procédure d’approche et de largage, les équipes de l’avion sont en contact permanent, via radio, avec le personnel de l’organisation présent au sol sur la drop zone pour récupérer les produits qui seront largués entre 700 et 1 000 pieds (200 à 300 mètres d’altitude). En effet, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le matériel largué n’est pas directement récupéré par les bénéficiaires, auquel cas seul les plus forts y auraient accès et non les personnes les plus vulnérables. De cette manière l’aide n’aurait pas accès au plus grand nombre et aurait pour seul effet d’exacerber les tensions.

Pour des raisons d’efficacité et de sécurité évidentes, tant pour les bénéficiaires que le personnel humanitaire, les opérations de largages et de distribution sont toujours encadrées par des procédures très strictes. Ainsi, les bénéficiaires de l’aide bientôt larguée sont d’abord identifiés selon leur situation et leurs besoins, ce qui permet de prendre en compte les plus vulnérables, comme pour une distribution classique. Il convient dans le même temps de déterminer le type d’aide et/ou d’aliments adaptés aux bénéficiaires, selon leurs habitudes culturelles notamment. Lorsque l’aide parvient à la zone de largage, le personnel de l’organisation qui a organisé cette opération récupère les sacs afin de les regrouper, de les stocker avant de rapidement les distribuer aux bénéficiaires ainsi préalablement identifiés.

À QUEL COÛT ?

L’organisation d’une telle opération de largage ne peut être retenue qu’en dernier recours, non seulement pour des raisons logistiques, sécuritaires, mais également et surtout économiques. Ces opérations sont en effet bien plus couteuses que l’acheminement des vivres par les routes, puisque chaque largage est estimé à plusieurs dizaines de milliers de dollars.

(1) Article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 ; articles 15, 16, 71 §2 et 85 du Protocole additionnel I de 1977 aux Conventions de Genève de 1949 ; articles 9 et 10 du Protocole additionnel II de 1977 aux Conventions de Genève de 1949 ; règle 31 de l’étude du CICR sur le droit international humanitaire coutumier.

(2) Article 23 de la Convention de Genève IV de 1949.

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Depuis quelques années et de manière assez régulière, il arrive de voir apparaitre sur internet des articles destinés à faire la promotion d’une paille capable de « sauver des millions de vies ». Le vocable utilisé est souvent le même, « extraordinaire », « révolutionnaire », « innovation ». Pourtant, aussi efficace soit-elle, cette paille n’est pas aussi nouvelle qu’on pourrait le croire. Et pour cause, puisqu’il s’agit d’un produit commercialisé depuis 2005.

Photo: Vestergaard

Mise au point par la société suisse Vestergaard, la paille Lifestraw permet de consommer une eau filtrée à 99,999% de toute impureté et des parasites susceptibles de provoquer des maladies liées à l’environnement aquatique (choléra et autres maladies diarrhéiques…). Initialement développée pour les amateurs de trekking, son utilisation s’est vue étendue à certains terrains humanitaires, en particulier en situation d’urgence comme après le violent séisme qui a frappé l’ile d’Haïti en 2010. Mais est-ce pour autant l’objet « miracle » qui permettra à des millions de personnes de consommer une eau potable ? Pas si sûr.

En premier lieu, ce qui saute aux yeux est le prix auquel ce produit est vendu. Bien qu’il semble possible pour les organisations humanitaires de se le procurer à un coût variable de 2 à 7 $, la lifestraw est néanmoins vendue entre 15 et 25 $ auprès des revendeurs classiques. Cela en fait un objet difficilement accessible pour les millions de personnes qui vivent avec moins de 2 $ par jour et qui sont bien souvent les mêmes vivant sans accès à l’eau potable.


Selon l’ONU, 800 millions de personnes vivent avec moins de 2$ par jour, 2,3 milliards n’auraient pas accès à un assainissement de base, et 844 millions n’ont pas accès à l’eau potable.


À un tel coût, acquérir cet objet en plusieurs exemplaires pour l’ensemble d’une famille devient littéralement inimaginable en dehors du schéma d’une distribution gratuite organisée par une organisation humanitaire ou par le Ministère de la Santé d’un État.

En second lieu, la distribution d’un tel objet présente le risque de s’opposer à l’acceptation globale des bénéficiaires. Toute activité d’un projet humanitaire, telle que la distribution d’objets non-alimentaires (il est question de « Non-food items » ou NFI dans le jargon humanitaire) nécessite en effet que le matériel distribué et son fonctionnement/utilité rencontrent d’une part la compréhension des bénéficiaires et d’autre part leur acceptation. L’acceptation des bénéficiaires ciblés, eu égard à leurs préférences, habitudes culturelles ou leurs besoins reste en effet l’une des pierres angulaires de la réussite d’un projet.

Photo: Vestergaard

Dans le cas de la lifestraw, ce sont les modalités de son utilisation qui peuvent être susceptibles à terme de rencontrer la non-acceptation des bénéficiaires. En effet, au-delà de son coût qui peut être rédhibitoire en dehors d’une distribution gratuite, se pose la question du changement des filtres. Il est en effet indiqué que la lifestraw est capable de filtrer entre 700 et 1 000 litres d’eau au cours de son utilisation. Néanmoins, au terme de cette quantité filtrée, quid en situation réelle pour en changer les filtres ? D’ailleurs, la lifestraw n’est équipée d’aucun indicateur pour avertir son utilisateur du dépassement de la durée de vie des filtres, ce qui l’expose consécutivement aux maladies que l’objet est censé lui faire éviter.

Enfin et surtout, si la lifestraw peut s’avérer très utile à court terme ou en situation d’urgence, après un séisme ou un cyclone par exemple, il ne peut en aucun cas s’agir d’une alternative viable sur le long terme ou en matière de développement. La priorité qui demeure – et qui doit le rester – reste en effet l’installation et/ou l’amélioration des structures et des réseaux d’assainissement et d’approvisionnement en eau potable couplées à la continuation des campagnes de sensibilisation à l’hygiène. Si l’existence d’un instrument telle que la lifestraw rappelle que plus de 800 millions de personnes dans le monde ne bénéficient pas d’un accès à l’eau potable, il convient dans le même temps de ne pas déresponsabiliser les acteurs gouvernementaux concernés et chargés d’assurer ces services à leur population. Car comme l’a affirmé l’Assemblée Générale des Nations Unies le 28 juillet 2010, « le droit à l’eau potable salubre et propre est un droit fondamental, essentiel en plein exercice du droit à la vie et de tous les droits humains », auquel tous les États sont soumis.

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